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La Justice réclame un Palais et plus d’effectifs pour la juridiction d’Aix en Provence !

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La Justice réclame un Palais et plus d’effectifs pour la juridiction d’Aix

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Le discours du Procureur de la République en audience solennelle de rentrée
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C’était ce matin l’audience solennelle de rentrée du Tribunal de grande instance d’Aix-en-Provence. Président du TGI comme Procureur de la République ont, avec force, regretté le nouveau report de la construction du Palais de Justice en centre-ville.Le TGI restera encore quelques années éclaté en deux sites distincts, à Carnot et au Jas de Bouffan, « une situation indigne pour le 18e Tribunal de Grande Instance de France sur 164 » selon Dominique Moyal, procureur de la République et soulignée par Michel Allaix, le Président, dès le début de l’audience : « Répétons avec La Fontaine que patience et longueur de temps font mieux que force ni que rage pour nous souhaiter dans un temps, pas très éloigné, un Palais de Justice digne du ressort d’Aix-en-Provence« .

Autre motif d’insatisfaction, les effectifs insuffisants pour appliquer les nouvelles lois instituant la libération sous contrainte et la peine en milieu ouvert et pour faire face à la surpopulation carcérale, nous a confié le Procureur Dominique Moyal : « Nous avons actuellement plus de 1500 détenus hébergés à Salon et à Luynes, à suivre, à traiter, à prendre en compte avec des moyens constants, une nouvelle loi pénitentiaire et une loi du 15 août qui met en œuvre de nouveaux dispositifs. Ils vont dans le bon sens mais  nécessitent des moyens supplémentaires pour faire des suivis plus appuyés; cela concerne les magistrats, fonctionnaires de la justice mais aussi administration pénitentiaire, forces de police, avocats, tous les professionnels sont impactés par une surpopulation absolument préoccupante. À la maison d’arrêt de Luynes, nous sommes actuellement à une surpopulation de 152,16%, ce qui induit aussi une activité croissante qui n’est pas en coordination avec les moyens dont nous disposons notamment en greffes et magistrats« .

À cela s’ajoute l’arrivée, en 2016, de 700 détenus qui vont être hébergés dans un nouveau bâtiment de la Maison d’arrêt de Luynes. Des demandes d’effectifs supplémentaires ont été faites au ministère de la Justice. « Nous attendons de savoir si nous allons être entendus« , conclut Dominique Moyal.

L’arrondissement judiciaire d’Aix-en-Provence compte 750 000 habitants de 62 des 119 communes des Bouches-du-Rhône. Notez qu’à Martigues le Ministère de la Justice a signé pour une participation de 650 000€ à la construction du pôle judiciaire près de la Halle qui coûtera au total 8 millions d’euros, majoritairement financés par le Pays de Martigues, et devrait être livré en 2017.

Regardez, en vidéo, l’intégralité de l’interview de Dominique Moyal, procureur de la République.

(Images et interviews : Fabienne Verpalen, Maritima médias)

 

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Pierrette Lazerges et Jean Simon, les libraires de Vents du Sud

Pierrette Lazerges et Jean Simon, les libraires de Vents du Sud PDF Envoyer
Choses lues, choses vues
Mercredi, 14 Janvier 2015 20:30
jean_et_pierrette
Jean Simon en compagnie de Pierrette Lazerges à qui Bruno Etienne vient de remettre la croix de la Légion d’Honneur.

 

Une aventure qui commença en 1947 dans une librairie d’Alger vient de s’achever à Aix-en-Provence : Pierrette Lazerges est décédée le 31 juillet 2014, à l’âge de 84 ans. En décembre 1973, elle avait ouvert dans la proximité de la place Albertas, en haut de la rue Espariat, une première librairie pour laquelle elle avait trouvé un nom qui vaut programme, Vents du Sud. Elle transféra en  mai 1980 son lieu de travail dans le coeur de la ville, au 7 de la rue Maréchal Foch, près du petit marché et des terrasses de la Place Richelme. Cette histoire vient de rencontrer son terme : le 15 janvier 2014 fut la dernière journée d’activités deVents du Sud.

Pierrette Lazerges avait commencé de travailler en librairie à l’âge de dix-sept ans. Elle avait été engagée « à l’essai ». Très vite, elle avait décidé de ne pas terminer ses études de lycéenne. En 1947, Noël Schumann, le propriétaire de la librairie de L’Empire qui se situait à Alger rue Michelet, avait besoin de remplacer un employé qui lui faisait brusquement défaut. La mère de Pierrette – elle vivra jusqu’en 1993 – venait de Naples : elle était arrivée depuis cet autre côté de la Méditerranée avant la première guerre mondiale. Pour ses frères napolitains plus âgés qui partirent pour les Etats-Unis, Alger était une étape sur les chemins de l’émigration. La mère de Pierrette avait préféré ne pas s’en aller plus loin. Elle était restée à Alger. Elle épousa quelqu’un de très modeste, un plâtrier.

Depuis cette occasion soudainement saisie en 1947, et jusqu’au terme de sa vie, la librairie fut la joie et la préoccupation constante de Pierrette Lazerges. Elle aurait beaucoup aimé associer continûment les livres et la musique qui furent les grands pôles de sa vie. Il lui arriva de vendre des disques à Alger ainsi qu’à Aix ; elle était heureuse quand elle animait pendant les années 1990 une librairie provisoire qui complétait en juillet, dans l’Archevêché ou bien sur la rue Gaston de Saporta, les soirées du Festival d’Art lyrique d’Aix. Une exceptionnelle énergie, un sens aigu de la relation avec plusieurs décennies de lecteurs lui permirent de lier son existence aux destinées des métiers du livre. Des employés en librairie qui furent souvent de proches amis, ses deux enfants Jean-Claude et Martine, et puis Jean Simon qui fut son compagnon, à partir de 1963 et jusqu’aux ultimes heures de sa vie, l’aidèrent grandement.
J._pierrette

Pierrette Lazerges,  photographie de Jean Pecoul

 

Pierrette Lazerges aurait aimé ne jamais quitter Alger. Au lendemain de l’Indépendance, en 1962, Monsieur Lévy, le propriétaire de la librairie de l’Empire lui avait laissé la gestion de son fonds. Elle avait rebaptisé son commerce : elle lui donna le nom de Librairie des Beaux-Arts. Pierrette était parfois seule dans sa boutique de la rue Michelet. Jean-Claude Lacroix, son fils aîné qui naquit en 1954, s’en souvient : pendant les fêtes de Noêl, il lui arriva, très jeune, d’assurer en compagnie de sa mère, la caisse de la librairie et la confection des paquets-cadeaux. Pendant le deuxième trimestre de  1973, la quasi-impossibilité qu’elle rencontrait de faire venir jusqu’à Alger des livres édités en France, le départ des  coopérants français, et puis surtout la montée des périls avaient contraint Pierrette à partir s’établir en Provence. Elle avait une soeur et un beau-frère établis à la Roque d’Antheron, son fils entreprenait des études à Marseille.

La physionomie des librairies aixoises n’était pas celle d’aujourd’hui. A côté des grands établissements du cours Mirabeau qui continuent d’être les deux grandes librairies d’Aix – la librairie, autrefois maison de presse Goulard et la librairie de Provence – Pierrette Lazerges estimait que la niche d’une nouveau lieu pouvait permettre de tenter l’aventure. Pendant ce tournant des années soixante-dix, deux librairies de qualité achevaient leur parcours, la librairie Le Divan de Pierre Dedet ainsi que Le Furet de Pierre Brahic qui partait s’implanter à Marseille, au 54 de la rue Paradis, jusqu’en août 2008. D’autres librairies généralistes se situaient dans Aix : sur la Place des Prêcheurs,  il y avait Le Dragon. Place Verdun, sur l’angle de la rue Thiers, jusqu’au début des années 90, la librairie-papeterie Makaire jouxtait un commerce de livres de plus modeste dimension, son espace est aujourd’hui occupé par la librairie Harmonia Mundi.

Pierrette Lazerges avait négocié l’achat de son droit au bail auprès du responsable d’une librairie catholique qui n’avait plus d’avenir. Avant de prendre sa décision, elle avait méthodiquement observé le travail de ses confrères aixois : Pierrette avait le sentiment que plusieurs des livres dont ses futurs clients pouvaient avoir besoin ne figuraient pas dans la plupart des librairies d’Aix. Son intuition et son sens du dialogue la guidèrent souvent, sa voie se traça progressivement : à côté de ce qui fut l’essentiel de son fonds – la littérature, les sciences humaines et puis la musique – elle avait le souci d’ouvrir de nouveaux centres d’intérêt. Par exemple, dés ses premières années à Aix, parce qu’elle savait écouter et pressentir ce que pouvaient lui dire les clients de la librairie, elle développa des rayons du côté des livres pour enfants, vers la bande dessinée ainsi que dans le domaine de la science-fiction. Un registre et une corporation parfaitement identifiables lui permirent d’effectuer une première percée : « les seventies », c’était entre autres choses, l’époque pendant laquelle les ouvrages de Jacques Lacan et plus généralement la psychanalyse suscitaient de fortes demandes. Quand il pense à cette première époque qui fut joyeuse, difficile et prenante, son compagnon Jean Simon estime que « ce sont les psychanalystes qui sauvèrent Vents du Sud ».

 

jean_simon


Jean Simon avait exactement quarante ans lorsqu’il s’associa aux destinées de Vents du Sud : pendant les premières années de la librairie, il accepta de ne pas être salarié ou bien d’être payé à mi-temps. Ce personnage mince et longiligne dont on affectionne la souriante discrétion, la compétence et la gentillesse, dételait rarement. Juste en face de la vitrine de la librairie, sa chambre du 24 de la rue Espariat servait souvent de dépôt pour les livres : dans son domicile, des surcroîts de cartons déboulaient depuis Vents du Sud dont la superficie était seulement de 49 mètres carrés. Avant qu’il ne participe à la librairie des Beaux-Arts d’Alger, cet autodidacte par ailleurs passionné de voile et de navigation était passé par d’autres métiers, notamment dans une filiale de Berliet spécialisée dans le shipping.
Ses rares moments vécus hors librairie, Jean Simon les aura passés dans un autre registre de travail, en Bretagne, en tant qu’encadrant pour l’école des Glénans.

 

Le lieu qui avait pendant sa jeunesse achevé de forger son inguérissable passion pour les livres, c’était une autre librairie d’Alger qu’il avait assidûment fréquentée, la librairie Rivages qui fut magnifiquement dirigée par un proche ami d’Albert Camus et de Jean Grenier, l’éditeur Edmond Charlot. Charlot lui permettait de découvrir sur place tous les livres qu’il avait envie de lire : Jean Simon qui avait parallèlement la joie de suivre dans son lycée les cours et les ateliers de théâtre de Georges Sallet alias Gilles Sandier (1924-1982), passa de longues après-midis, assis lisant dans un coin de la librairie Rivages.

J._Beaux_art

Alger, rue Michelet, la librairie des Beaux-Arts.


Pierrette Lazerges et Jean Simon ne sont jamais revenus à Alger. Pour ce couple, le grand départ fut un déchirement sans cesse revécu : c’était là-bas, et non pas dans Aix-en-Provence qui n’est pas exempte de défauts, ce fut dans les rues, les maisons et les plages d’Alger, avec toutes sortes d’amis, qu’ils se sentirent tous deux, profondément heureux. Tout récemment, je regardais dans le petit appartement d’Aix où vit Jean Simon, une affiche qui reproduit la très émouvante phrase d’un poète kurde : sur le vieux crépi d’un mur, quelqu’un a griffonné que « le pays où tu es né n’existe plus sur les cartes ». La destinée de la librairie des Beaux-Arts qui vaille que vaille, est toujours ouverte à Alger, a constamment habité l’esprit de ces aixois d’adoption. L’un des piliers de la rue Michelet qui fut un intense foyer d’échanges et de rencontres s’appelait Joachim Grau : Joachim était d’origine espagnole, les algérois avaient l’habitude de l’appeler Vincent. A plusieurs reprises, Vincent était venu revoir à Aix ses amis Pierrette et Jean qui souhaitaient vivement qu’il puisse devenir un permanent de Vents du Sud. En dépit de cette offre maintes fois réitérée, Vincent avait préféré repartir pour Alger. Les livres qu’il décidait de mettre en valeur sur la vitrine de sa librairie des Beaux-Arts étaient trop audacieusement libres : Joachim Grau fut assassiné le 21 février 1994.

Avec ses arrivages incessants de livres et de disques, l’espace de la rue Espariat était beaucoup trop exigu pour que Vents du Sud puisse se développer. Par ailleurs, l’installation pendant quelques années, entre passage Agard et rue Fabrot, de la librairie du Passage des Carmes – aujourd’hui, c’est le siège d’une vaste parfumerie – avait modifié la donne aixoise, les cartes du commerce du livre se redistribuaient. Quand survint le tournant des années 80, une décision s’imposa à Pierrette dont l’énergie et la volonté de développement ne furent jamais pris en défaut : il lui fallait trouver un local beaucoup plus vaste et susciter l’apport des capitaux de nouveaux actionnaires pour sa SARL. La conjoncture était favorable, Jérôme Lindon et les éditions de Minuit qui militaient vaillamment pour que la loi sur le Prix unique du livre soit intelligemment votée, avaient de l’estime et de la sympathie pour Vents du Sud : grâce aux fonds que Samuel Beckett avait mis à la disposition de Lindon, grâce aux droits d’auteur d’un Prix Nobel rigoureusement inclassable, plusieurs librairies de l’hexagone et notamment la librairie de Pierrette et Jean furent généreusement aidées. Des dames d’Aix furent associées de 1980 à 1986 au travail dans la librairie : elles contribuèrent au capital de cette entreprise qui ne fut pas bien comprise par sa Banque puisqu’elle manqua souvent, et assez cruellement, de fonds propres. Avant d’abriter une librairie, le 7 de la rue Maréchal Foch était un commerce de meubles et de chaises en rotin qui s’appelait « Le mouton doré ». A côté de la librairie et du Bar des PTT, là où se tient une alimentation, il y avait une petite boucherie. De l’autre côté, en montant vers l’Hôtel de Ville, on aperçoit deux cariatides. Il arrive qu’on puisse franchir le portail en bois : on contemple la vaste cage d’escalier de l’Hôtel d’Arbaud.

J_1990_

 

Entre 1980 et 1996 – date du départ à la retraite de Jean Simon – se situent les grandes années, l’irrésistible croissance de Vents du Sud qui parvint à se hisser durablement dans le classement des 90 ou 100 meilleurs chiffres d’affaires des librairies de l’hexagone. Tout l’espace de la librairie qui vient de fermer ses portes n’était pas occupé de la même manière, plusieurs extensions furent programmées à deux reprises. Au départ, la librairie avait seulement 90 mètres de carrés de surface de vente. Ses sous-sols servaient de réserve, un petit amphithéâtre avait été aménagé tout au fond afin d’ouvrir « l’Espace libre » de Vents du Sud, on pouvait y accéder le soir depuis la rue des Cordeliers, sans devoir entrer par la librairie. Gendre de Pierrette Lazerges, Bernard Boulogne qui avait épousé Martine Lacroix, fut pendant plusieurs années, avec l’aide de la Drac et du ministère de la Culture, l’animateur d’une association qui conviait régulièrement des écrivains pour des lectures et des débats et organisait des interventions en milieu scolaire.

Cette séquence de l’Espace libre servit fortement le développement de l’image de la librairie. Chez Vents du Sud, un gros travail de fond s’effectuait quotidiennement en interne, remarquablement servi par la belle complémentarité de Pierrette Lazerges et de Jean Simon : selon les affinités, les lecteurs et les clients qui demandaient des renseignements, se tournaient vers l’un ou vers l’autre. A quoi s’ajoutait  la volonté d’accroître la visibilité de ce travail et d’oeuvrer aussi souvent que possible hors des murs de la librairie et de la ville. Grâce à l’impulsion donnée par l’association de l’Espace libre / Vents du Sud, l’habitude fut prise de partir vendre des livres loin de la place Richelme. Jusqu’à une date récente – sur ce point, Vents du Sud fut pionnière – il y eut deux, trois ou quatre fois par mois, des sorties et des ventes hors librairie, à l’occasion des Fêtes du livre, des colloques, séminaires, rencontres et débats de bon aloi qui pouvaient se mener dans  le pays d’Aix ainsi qu’à Marseille : aucune possibilité de mobilité ne fut négligée.

J’ai le souvenir d’avoir invité et accueilli – les universitaires et les auditeurs en étaient profondément heureux – Pierrette et Jean lors de colloques que j’organisais au milieu des années 1980 dans le Var, au Collège d’Echanges Contemporains de Saint-Maximin. Plus tard et assez souvent, je retrouvais, nous retrouvions dans des lieux multiples et pas conventionnels, les tables de livres commandés par Vents du Sud :  à la MMSH, à la Cité du Livre de la Méjanes, au centre culturel jésuite de La Baume ou bien  au centre aixois des archives départementales. Chaque fois, c’était un vif plaisir, un apport de qualité : Vents du Sud prenait le risque de faire venir des livres « pointus » ou bien difficilement trouvables. Ce surcroît de travail impliquait évidemment des heures supplémentaires qui n’étaient pas forcément bien payées pour les employés de la librairie qui se dévouaient. Cependant, cette stratégie de communication et ces coups de poker, ces moments de sociabilité pouvaient être d’un bon rapport : il arrivait que la recette effectuée hors les murs soit supérieure au chiffre quotidiennement obtenu rue Foch.

Pendant les vingt dernières années du vingtième siècle, il y eut chez Vents du Sudtoutes sortes d’adaptations et de péripéties, des tensions et des contradictions. Il y avait quelque chose d’à la fois rieur et d’inflexible dans ce parcours de vie, certaines fois semé d’embûches. L’humour, les fous rires, la courtoisie et la fantaisie avaient leur part ; il est pourtant arrivé qu’on dise à propos des convictions de Pierrette Lazerges qu’avec elle, si l’on ne donne pas tout, eh bien, on ne donne rien ! Le personnel changeait souvent, des visages et des silhouettes d’employés ou bien des stagiaires s’éloignèrent, des moments de crise et des remplacements survinrent : quelques saisons après la fermeture du petit amphithéâtre de l‘Espace Libre, Bernard Boulogne et son épouse Martine Lacroix quittèrent la librairie.

 

J_Manu
Emmanuelle Cescosse, photographie d’Anna Ostrowska.

 

En 1989, l’une des personnes qui fut essentielle pour le développement de la librairie, Emmanuelle Cescosse était recrutée ; « Manu » venait d’une Fnac de Bordeaux, elle connaissait bien Aix où elle avait vécu son enfance et sa jeunesse. Aux côtés de Pierrette et de Jean, jusqu’en 2011, pendant 23 ans, Emmanuelle Cescosse fut l’une des grandes ressources de Vents du Sud. C’était une personne de confiance, appréciée et consultée : elle aime dire aujourd’hui que ses dix premières années dans la librairie d’Aix furent des années de vrai bonheur. Auparavant, Henri Causse, le directeur commercial des éditions de Minuit principal actionnaire de la librairie, avait proposé que Jean-Claude Lacroix devienne le responsable de la gestion de la librairie. Jean-Claude reprenait le travail aux côtés de sa mère. Au départ, il  croyait sincèrement être embauché pour rendre service pendant seulement trois ans : au total, il sera resté pendant trente-trois ans dans la librairie dont il prit la direction, après le départ en retraite de Pierrette. Ses études antérieures, ses compétences en informatique, notamment pour l’utilisation du logiciel Tite-Live firent de lui un rouage essentiel à l’intérieur de l’association L’Oeil de la Lettrequi regroupait le réseau de librairies indépendantes qui sut lutter contre l’éventuelle emprise de la Fnac et de Virgin.


Un nouveau tournant survint en juillet 1990. Il fallait accroître la capacité de la librairie, créer de nouveaux espaces. On se souvient qu’en 1980, la librairie occupait 90 mètres carrés. On avait ouvert une verrière et un jardin dans la proximité du rayon des livres pour enfants et adolescents. On avait installé dans cet espace un merveilleux assemblage du sculpteur Jean Amado (1922-1995), une petite fontaine dont la forme globale, proche d’une embarcation, métaphorise magnifiquement le périple de nos amis libraires, entre Alger et la Provence : l’image de cette fontaine figura sur la plupart des sacs en plastique dans lesquels s’enveloppaient les achats de livres. Un premier chantier s’ouvrit pour atteindre une surface de 160 mètres carrés. En juillet 1990, une nouvelle séquence procura 260 mètres de surface de vente : avec les réserves, la comptabilité, les lieux de stockage et de déballage, un total de 360 mètres carrés fut atteint. Pour financer ce chantier, le montage financier fut complexe. Le Crédit Lyonnais prêta de l’argent à Pierrette et Jean. Le reste du financement fut couvert  par plusieurs apports émanant de l’ADELC, des éditions de Minuit, du Seuil et d’Odile Jacob. Il fallut rembourser tous ces prêts. Le bonheur voulut que la librairie avait au départ l’obligation de verser un loyer dont le montant était raisonnable. Les bonnes relations que Pierrette Lazerges entretenait avec sa propriétaire permirent l’installation d’une règle de fonctionnement assez vertueuse : si Pierrette s’en est allée en tant que propriétaire de sa librairie, c’est parce que Vents du Sud avait versé une rente viagère, entre 1988 et 2008.

J__1990

Il est difficile de retracer toutes les étapes du développement de cette librairie. Je crois qu’elle sut tirer parti du potentiel d’Aix-en-Provence et qu’elle fut principalement le résultat du travail au fil des ans d’un quatuor tout à fait remarquable : sans vouloir établir une hiérarchie trop précise, rétrospectivement, on peut estimer qu’à côté de Pierrette et de Jean, les apports de Jean-Claude Lacroix et d’Emmanuelle Cescosse furent considérables. J’ai écrit plus haut que les contrats engagés par la librairie n’avaient pas toujours une durée indéterminée. Je veux citer, on voudra bien m’excuser si j’en oublie, des noms d’employés dont le passage chez Vents du Sud est à mes yeux particulièrement mémorable : par exemple Roland Alberto, Michel Bentz, Jean-Marc Janssaud, Sarah Lépine, Stéphanie Ledu, Guy Manjou, Denis Pazière, Laure de Sabran, Aude Thiebaut et Marie-Eve Venturino. Je me souviens aussi que pendant deux années, Paul Pouderoux avait à l’instigation d’Henri Causse quitté la librairie L’Odeur du temps pour une expérience à l’intérieur de Vents du Sud. Il faut avoir en mémoire Renée Saura qui vit aujourd’hui en Catalogne : pendant quatre années, au milieu des années 1990, elle fut responsable d’une annexe de la librairie implantée au coeur de la Faculté des Lettres. Après quoi, Renée s’occupa du rayon musique, un moment implanté dans une autre annexe située dans un petit espace de la rue Gaston de Saporta. Jusqu’à une date récente, Renée fut « la caissière » de la librairie.

Pour évoquer les noms de quelques-uns des écrivains qu’on rencontra à Vents du Sud, je mentionnerai parmi des centaines d’auteurs, ceux de Pierre Bourdieu, Georges Duby, Elie Wiesel et Gao Xing Jian ; parmi ceux qui sont moins connus et que l’on pouvait croiser, je pense à un personnage infiniment attachant, le poète et peintre touareg Hawad. J’indiquerai aussi que Pierrette Lazerges fut nommée chevalier des Arts et des Lettres. Après quoi, Bruno Etienne lui remit la Légion d’Honneur ; Jean Simon a conservé le texte du beau discours prononçé en cette occasion.

Reste à écrire ce qui sera source de profonde mélancolie ou bien de simple réalisme, selon les tempéraments de chacun. Au fil des ans, la santé de Pierrrette se dégrada, elle souffrait de son asthme depuis de longues années : pendant les dernières saisons de sa vie, elle exigeait de pouvoir revenir chez Vents du Sud de façon quotidienne. Son espace vient d’être vendu, au terme de longues et délicates négociations. Le 7 de la rue Foch, pour toutes sortes de raisons, en vertu des normes aujourd’hui en vigueur, n’abritera pas de librairie : il y aura un magasin en premier plan, l’essentiel de la surface restante deviendra un appartement privé. L’aventure de Vents du Sud ne pouvait pas se poursuivre plus longtemps, il faut tenter de comprendre pourquoi cette traversée d’une époque ne dépendait pas uniquement du charisme, de l’énergie et de la puissance de travail de ses responsables.

 

J_cordeliers_-

 

Jean-Claude Lacroix qui est depuis douze ans, formateur à l’IUT des Métiers du Livre d’Aix-en-Provence a bien évidemment beaucoup réfléchi sur ce cas d’école, on peut être d’accord sur l’essentiel de ses conclusions. Vents du Sud a tout d’abord un problème de taille : avec ses extensions successives, la superficie dont dispose la librairie entraîne qu’elle n’est ni petite ni grande. Certains modèles économiques ne sont malheureusement plus valides, des expériences menées autrefois ne sont plus reconductibles. Aujourd’hui, des espaces plus restreints –  par exemple l’Odeur du Temps à Marseille – ou bien plus grands –  Goulard et Provence, sur le cours Mirabeau – sont beaucoup plus pertinents pour le commerce du livre. Autre handicap nullement corrigible : la localisation de la librairie dans le vieux quartier d’Aix-en-Provence fait d’elle un lieu difficilement accessible, la sociologie, l’histoire et la topographie de cette ville sont implacables. Parce que la vie quotidienne est souvent onéreuse, les grands lecteurs, les universitaires ont quitté Aix-en-Provence ; ils ont vieilli, ils vivent en périphérie et peuvent préférer aller du côté des Bleuets de Banon. Ce n’est pas seulement l’ouverture d’une Fnac dans Aix qui rétrécit les capacités d’une librairie comme Vents du Sud : depuis 2006, ce phénomène n’est pas réversible, le centre commercial d’Aix n’est plus en coeur de ville, il se situe parmi les Allées provençales.

On me permettra de finir par une note affective. J’habite Aix-en-Provence depuis juillet 1968, j’aime les librairies de ma ville, je les connais et les fréquente très régulièrement. La librairie que j’aurais le plus affectionnée, à l’intérieur de laquelle je me suis le plus souvent attardé, pratiquement au moins une fois par semaine, l’endroit où j’ai le plus souvent acheté des livres, c’est très clairement pour moi la librairie Vents du Sud : cet espace et ses responsables n’ont pas cessé d’aiguiser ma vie de lecteur, je leur suis profondément reconnaissant.

Alain Paire

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Pierrette Lazerges et Jean Simon, les libraires de Vents du Sud PDF Envoyer
Choses lues, choses vues
Mercredi, 14 Janvier 2015 20:30
jean_et_pierrette
Jean Simon en compagnie de Pierrette Lazerges à qui Bruno Etienne vient de remettre la croix de la Légion d’Honneur.

 

Une aventure qui commença en 1947 dans une librairie d’Alger vient de s’achever à Aix-en-Provence : Pierrette Lazerges est décédée le 31 juillet 2014, à l’âge de 84 ans. En décembre 1973, elle avait ouvert dans la proximité de la place Albertas, en haut de la rue Espariat, une première librairie pour laquelle elle avait trouvé un nom qui vaut programme, Vents du Sud. Elle transféra en  mai 1980 son lieu de travail dans le coeur de la ville, au 7 de la rue Maréchal Foch, près du petit marché et des terrasses de la Place Richelme. Cette histoire vient de rencontrer son terme : le 15 janvier 2014 fut la dernière journée d’activités deVents du Sud.

Pierrette Lazerges avait commencé de travailler en librairie à l’âge de dix-sept ans. Elle avait été engagée « à l’essai ». Très vite, elle avait décidé de ne pas terminer ses études de lycéenne. En 1947, Noël Schumann, le propriétaire de la librairie de L’Empire qui se situait à Alger rue Michelet, avait besoin de remplacer un employé qui lui faisait brusquement défaut. La mère de Pierrette – elle vivra jusqu’en 1993 – venait de Naples : elle était arrivée depuis cet autre côté de la Méditerranée avant la première guerre mondiale. Pour ses frères napolitains plus âgés qui partirent pour les Etats-Unis, Alger était une étape sur les chemins de l’émigration. La mère de Pierrette avait préféré ne pas s’en aller plus loin. Elle était restée à Alger. Elle épousa quelqu’un de très modeste, un plâtrier.

Depuis cette occasion soudainement saisie en 1947, et jusqu’au terme de sa vie, la librairie fut la joie et la préoccupation constante de Pierrette Lazerges. Elle aurait beaucoup aimé associer continûment les livres et la musique qui furent les grands pôles de sa vie. Il lui arriva de vendre des disques à Alger ainsi qu’à Aix ; elle était heureuse quand elle animait pendant les années 1990 une librairie provisoire qui complétait en juillet, dans l’Archevêché ou bien sur la rue Gaston de Saporta, les soirées du Festival d’Art lyrique d’Aix. Une exceptionnelle énergie, un sens aigu de la relation avec plusieurs décennies de lecteurs lui permirent de lier son existence aux destinées des métiers du livre. Des employés en librairie qui furent souvent de proches amis, ses deux enfants Jean-Claude et Martine, et puis Jean Simon qui fut son compagnon, à partir de 1963 et jusqu’aux ultimes heures de sa vie, l’aidèrent grandement.
J._pierrette

Pierrette Lazerges,  photographie de Jean Pecoul

 

Pierrette Lazerges aurait aimé ne jamais quitter Alger. Au lendemain de l’Indépendance, en 1962, Monsieur Lévy, le propriétaire de la librairie de l’Empire lui avait laissé la gestion de son fonds. Elle avait rebaptisé son commerce : elle lui donna le nom de Librairie des Beaux-Arts. Pierrette était parfois seule dans sa boutique de la rue Michelet. Jean-Claude Lacroix, son fils aîné qui naquit en 1954, s’en souvient : pendant les fêtes de Noêl, il lui arriva, très jeune, d’assurer en compagnie de sa mère, la caisse de la librairie et la confection des paquets-cadeaux. Pendant le deuxième trimestre de  1973, la quasi-impossibilité qu’elle rencontrait de faire venir jusqu’à Alger des livres édités en France, le départ des  coopérants français, et puis surtout la montée des périls avaient contraint Pierrette à partir s’établir en Provence. Elle avait une soeur et un beau-frère établis à la Roque d’Antheron, son fils entreprenait des études à Marseille.

La physionomie des librairies aixoises n’était pas celle d’aujourd’hui. A côté des grands établissements du cours Mirabeau qui continuent d’être les deux grandes librairies d’Aix – la librairie, autrefois maison de presse Goulard et la librairie de Provence – Pierrette Lazerges estimait que la niche d’une nouveau lieu pouvait permettre de tenter l’aventure. Pendant ce tournant des années soixante-dix, deux librairies de qualité achevaient leur parcours, la librairie Le Divan de Pierre Dedet ainsi que Le Furet de Pierre Brahic qui partait s’implanter à Marseille, au 54 de la rue Paradis, jusqu’en août 2008. D’autres librairies généralistes se situaient dans Aix : sur la Place des Prêcheurs,  il y avait Le Dragon. Place Verdun, sur l’angle de la rue Thiers, jusqu’au début des années 90, la librairie-papeterie Makaire jouxtait un commerce de livres de plus modeste dimension, son espace est aujourd’hui occupé par la librairie Harmonia Mundi.

Pierrette Lazerges avait négocié l’achat de son droit au bail auprès du responsable d’une librairie catholique qui n’avait plus d’avenir. Avant de prendre sa décision, elle avait méthodiquement observé le travail de ses confrères aixois : Pierrette avait le sentiment que plusieurs des livres dont ses futurs clients pouvaient avoir besoin ne figuraient pas dans la plupart des librairies d’Aix. Son intuition et son sens du dialogue la guidèrent souvent, sa voie se traça progressivement : à côté de ce qui fut l’essentiel de son fonds – la littérature, les sciences humaines et puis la musique – elle avait le souci d’ouvrir de nouveaux centres d’intérêt. Par exemple, dés ses premières années à Aix, parce qu’elle savait écouter et pressentir ce que pouvaient lui dire les clients de la librairie, elle développa des rayons du côté des livres pour enfants, vers la bande dessinée ainsi que dans le domaine de la science-fiction. Un registre et une corporation parfaitement identifiables lui permirent d’effectuer une première percée : « les seventies », c’était entre autres choses, l’époque pendant laquelle les ouvrages de Jacques Lacan et plus généralement la psychanalyse suscitaient de fortes demandes. Quand il pense à cette première époque qui fut joyeuse, difficile et prenante, son compagnon Jean Simon estime que « ce sont les psychanalystes qui sauvèrent Vents du Sud ».

 

jean_simon


Jean Simon avait exactement quarante ans lorsqu’il s’associa aux destinées de Vents du Sud : pendant les premières années de la librairie, il accepta de ne pas être salarié ou bien d’être payé à mi-temps. Ce personnage mince et longiligne dont on affectionne la souriante discrétion, la compétence et la gentillesse, dételait rarement. Juste en face de la vitrine de la librairie, sa chambre du 24 de la rue Espariat servait souvent de dépôt pour les livres : dans son domicile, des surcroîts de cartons déboulaient depuis Vents du Sud dont la superficie était seulement de 49 mètres carrés. Avant qu’il ne participe à la librairie des Beaux-Arts d’Alger, cet autodidacte par ailleurs passionné de voile et de navigation était passé par d’autres métiers, notamment dans une filiale de Berliet spécialisée dans le shipping.
Ses rares moments vécus hors librairie, Jean Simon les aura passés dans un autre registre de travail, en Bretagne, en tant qu’encadrant pour l’école des Glénans.

 

Le lieu qui avait pendant sa jeunesse achevé de forger son inguérissable passion pour les livres, c’était une autre librairie d’Alger qu’il avait assidûment fréquentée, la librairie Rivages qui fut magnifiquement dirigée par un proche ami d’Albert Camus et de Jean Grenier, l’éditeur Edmond Charlot. Charlot lui permettait de découvrir sur place tous les livres qu’il avait envie de lire : Jean Simon qui avait parallèlement la joie de suivre dans son lycée les cours et les ateliers de théâtre de Georges Sallet alias Gilles Sandier (1924-1982), passa de longues après-midis, assis lisant dans un coin de la librairie Rivages.

J._Beaux_art

Alger, rue Michelet, la librairie des Beaux-Arts.


Pierrette Lazerges et Jean Simon ne sont jamais revenus à Alger. Pour ce couple, le grand départ fut un déchirement sans cesse revécu : c’était là-bas, et non pas dans Aix-en-Provence qui n’est pas exempte de défauts, ce fut dans les rues, les maisons et les plages d’Alger, avec toutes sortes d’amis, qu’ils se sentirent tous deux, profondément heureux. Tout récemment, je regardais dans le petit appartement d’Aix où vit Jean Simon, une affiche qui reproduit la très émouvante phrase d’un poète kurde : sur le vieux crépi d’un mur, quelqu’un a griffonné que « le pays où tu es né n’existe plus sur les cartes ». La destinée de la librairie des Beaux-Arts qui vaille que vaille, est toujours ouverte à Alger, a constamment habité l’esprit de ces aixois d’adoption. L’un des piliers de la rue Michelet qui fut un intense foyer d’échanges et de rencontres s’appelait Joachim Grau : Joachim était d’origine espagnole, les algérois avaient l’habitude de l’appeler Vincent. A plusieurs reprises, Vincent était venu revoir à Aix ses amis Pierrette et Jean qui souhaitaient vivement qu’il puisse devenir un permanent de Vents du Sud. En dépit de cette offre maintes fois réitérée, Vincent avait préféré repartir pour Alger. Les livres qu’il décidait de mettre en valeur sur la vitrine de sa librairie des Beaux-Arts étaient trop audacieusement libres : Joachim Grau fut assassiné le 21 février 1994.

Avec ses arrivages incessants de livres et de disques, l’espace de la rue Espariat était beaucoup trop exigu pour que Vents du Sud puisse se développer. Par ailleurs, l’installation pendant quelques années, entre passage Agard et rue Fabrot, de la librairie du Passage des Carmes – aujourd’hui, c’est le siège d’une vaste parfumerie – avait modifié la donne aixoise, les cartes du commerce du livre se redistribuaient. Quand survint le tournant des années 80, une décision s’imposa à Pierrette dont l’énergie et la volonté de développement ne furent jamais pris en défaut : il lui fallait trouver un local beaucoup plus vaste et susciter l’apport des capitaux de nouveaux actionnaires pour sa SARL. La conjoncture était favorable, Jérôme Lindon et les éditions de Minuit qui militaient vaillamment pour que la loi sur le Prix unique du livre soit intelligemment votée, avaient de l’estime et de la sympathie pour Vents du Sud : grâce aux fonds que Samuel Beckett avait mis à la disposition de Lindon, grâce aux droits d’auteur d’un Prix Nobel rigoureusement inclassable, plusieurs librairies de l’hexagone et notamment la librairie de Pierrette et Jean furent généreusement aidées. Des dames d’Aix furent associées de 1980 à 1986 au travail dans la librairie : elles contribuèrent au capital de cette entreprise qui ne fut pas bien comprise par sa Banque puisqu’elle manqua souvent, et assez cruellement, de fonds propres. Avant d’abriter une librairie, le 7 de la rue Maréchal Foch était un commerce de meubles et de chaises en rotin qui s’appelait « Le mouton doré ». A côté de la librairie et du Bar des PTT, là où se tient une alimentation, il y avait une petite boucherie. De l’autre côté, en montant vers l’Hôtel de Ville, on aperçoit deux cariatides. Il arrive qu’on puisse franchir le portail en bois : on contemple la vaste cage d’escalier de l’Hôtel d’Arbaud.

J_1990_

 

Entre 1980 et 1996 – date du départ à la retraite de Jean Simon – se situent les grandes années, l’irrésistible croissance de Vents du Sud qui parvint à se hisser durablement dans le classement des 90 ou 100 meilleurs chiffres d’affaires des librairies de l’hexagone. Tout l’espace de la librairie qui vient de fermer ses portes n’était pas occupé de la même manière, plusieurs extensions furent programmées à deux reprises. Au départ, la librairie avait seulement 90 mètres de carrés de surface de vente. Ses sous-sols servaient de réserve, un petit amphithéâtre avait été aménagé tout au fond afin d’ouvrir « l’Espace libre » de Vents du Sud, on pouvait y accéder le soir depuis la rue des Cordeliers, sans devoir entrer par la librairie. Gendre de Pierrette Lazerges, Bernard Boulogne qui avait épousé Martine Lacroix, fut pendant plusieurs années, avec l’aide de la Drac et du ministère de la Culture, l’animateur d’une association qui conviait régulièrement des écrivains pour des lectures et des débats et organisait des interventions en milieu scolaire.

Cette séquence de l’Espace libre servit fortement le développement de l’image de la librairie. Chez Vents du Sud, un gros travail de fond s’effectuait quotidiennement en interne, remarquablement servi par la belle complémentarité de Pierrette Lazerges et de Jean Simon : selon les affinités, les lecteurs et les clients qui demandaient des renseignements, se tournaient vers l’un ou vers l’autre. A quoi s’ajoutait  la volonté d’accroître la visibilité de ce travail et d’oeuvrer aussi souvent que possible hors des murs de la librairie et de la ville. Grâce à l’impulsion donnée par l’association de l’Espace libre / Vents du Sud, l’habitude fut prise de partir vendre des livres loin de la place Richelme. Jusqu’à une date récente – sur ce point, Vents du Sud fut pionnière – il y eut deux, trois ou quatre fois par mois, des sorties et des ventes hors librairie, à l’occasion des Fêtes du livre, des colloques, séminaires, rencontres et débats de bon aloi qui pouvaient se mener dans  le pays d’Aix ainsi qu’à Marseille : aucune possibilité de mobilité ne fut négligée.

J’ai le souvenir d’avoir invité et accueilli – les universitaires et les auditeurs en étaient profondément heureux – Pierrette et Jean lors de colloques que j’organisais au milieu des années 1980 dans le Var, au Collège d’Echanges Contemporains de Saint-Maximin. Plus tard et assez souvent, je retrouvais, nous retrouvions dans des lieux multiples et pas conventionnels, les tables de livres commandés par Vents du Sud :  à la MMSH, à la Cité du Livre de la Méjanes, au centre culturel jésuite de La Baume ou bien  au centre aixois des archives départementales. Chaque fois, c’était un vif plaisir, un apport de qualité : Vents du Sud prenait le risque de faire venir des livres « pointus » ou bien difficilement trouvables. Ce surcroît de travail impliquait évidemment des heures supplémentaires qui n’étaient pas forcément bien payées pour les employés de la librairie qui se dévouaient. Cependant, cette stratégie de communication et ces coups de poker, ces moments de sociabilité pouvaient être d’un bon rapport : il arrivait que la recette effectuée hors les murs soit supérieure au chiffre quotidiennement obtenu rue Foch.

Pendant les vingt dernières années du vingtième siècle, il y eut chez Vents du Sudtoutes sortes d’adaptations et de péripéties, des tensions et des contradictions. Il y avait quelque chose d’à la fois rieur et d’inflexible dans ce parcours de vie, certaines fois semé d’embûches. L’humour, les fous rires, la courtoisie et la fantaisie avaient leur part ; il est pourtant arrivé qu’on dise à propos des convictions de Pierrette Lazerges qu’avec elle, si l’on ne donne pas tout, eh bien, on ne donne rien ! Le personnel changeait souvent, des visages et des silhouettes d’employés ou bien des stagiaires s’éloignèrent, des moments de crise et des remplacements survinrent : quelques saisons après la fermeture du petit amphithéâtre de l‘Espace Libre, Bernard Boulogne et son épouse Martine Lacroix quittèrent la librairie.

 

J_Manu
Emmanuelle Cescosse, photographie d’Anna Ostrowska.

 

En 1989, l’une des personnes qui fut essentielle pour le développement de la librairie, Emmanuelle Cescosse était recrutée ; « Manu » venait d’une Fnac de Bordeaux, elle connaissait bien Aix où elle avait vécu son enfance et sa jeunesse. Aux côtés de Pierrette et de Jean, jusqu’en 2011, pendant 23 ans, Emmanuelle Cescosse fut l’une des grandes ressources de Vents du Sud. C’était une personne de confiance, appréciée et consultée : elle aime dire aujourd’hui que ses dix premières années dans la librairie d’Aix furent des années de vrai bonheur. Auparavant, Henri Causse, le directeur commercial des éditions de Minuit principal actionnaire de la librairie, avait proposé que Jean-Claude Lacroix devienne le responsable de la gestion de la librairie. Jean-Claude reprenait le travail aux côtés de sa mère. Au départ, il  croyait sincèrement être embauché pour rendre service pendant seulement trois ans : au total, il sera resté pendant trente-trois ans dans la librairie dont il prit la direction, après le départ en retraite de Pierrette. Ses études antérieures, ses compétences en informatique, notamment pour l’utilisation du logiciel Tite-Live firent de lui un rouage essentiel à l’intérieur de l’association L’Oeil de la Lettrequi regroupait le réseau de librairies indépendantes qui sut lutter contre l’éventuelle emprise de la Fnac et de Virgin.


Un nouveau tournant survint en juillet 1990. Il fallait accroître la capacité de la librairie, créer de nouveaux espaces. On se souvient qu’en 1980, la librairie occupait 90 mètres carrés. On avait ouvert une verrière et un jardin dans la proximité du rayon des livres pour enfants et adolescents. On avait installé dans cet espace un merveilleux assemblage du sculpteur Jean Amado (1922-1995), une petite fontaine dont la forme globale, proche d’une embarcation, métaphorise magnifiquement le périple de nos amis libraires, entre Alger et la Provence : l’image de cette fontaine figura sur la plupart des sacs en plastique dans lesquels s’enveloppaient les achats de livres. Un premier chantier s’ouvrit pour atteindre une surface de 160 mètres carrés. En juillet 1990, une nouvelle séquence procura 260 mètres de surface de vente : avec les réserves, la comptabilité, les lieux de stockage et de déballage, un total de 360 mètres carrés fut atteint. Pour financer ce chantier, le montage financier fut complexe. Le Crédit Lyonnais prêta de l’argent à Pierrette et Jean. Le reste du financement fut couvert  par plusieurs apports émanant de l’ADELC, des éditions de Minuit, du Seuil et d’Odile Jacob. Il fallut rembourser tous ces prêts. Le bonheur voulut que la librairie avait au départ l’obligation de verser un loyer dont le montant était raisonnable. Les bonnes relations que Pierrette Lazerges entretenait avec sa propriétaire permirent l’installation d’une règle de fonctionnement assez vertueuse : si Pierrette s’en est allée en tant que propriétaire de sa librairie, c’est parce que Vents du Sud avait versé une rente viagère, entre 1988 et 2008.

J__1990

Il est difficile de retracer toutes les étapes du développement de cette librairie. Je crois qu’elle sut tirer parti du potentiel d’Aix-en-Provence et qu’elle fut principalement le résultat du travail au fil des ans d’un quatuor tout à fait remarquable : sans vouloir établir une hiérarchie trop précise, rétrospectivement, on peut estimer qu’à côté de Pierrette et de Jean, les apports de Jean-Claude Lacroix et d’Emmanuelle Cescosse furent considérables. J’ai écrit plus haut que les contrats engagés par la librairie n’avaient pas toujours une durée indéterminée. Je veux citer, on voudra bien m’excuser si j’en oublie, des noms d’employés dont le passage chez Vents du Sud est à mes yeux particulièrement mémorable : par exemple Roland Alberto, Michel Bentz, Jean-Marc Janssaud, Sarah Lépine, Stéphanie Ledu, Guy Manjou, Denis Pazière, Laure de Sabran, Aude Thiebaut et Marie-Eve Venturino. Je me souviens aussi que pendant deux années, Paul Pouderoux avait à l’instigation d’Henri Causse quitté la librairie L’Odeur du temps pour une expérience à l’intérieur de Vents du Sud. Il faut avoir en mémoire Renée Saura qui vit aujourd’hui en Catalogne : pendant quatre années, au milieu des années 1990, elle fut responsable d’une annexe de la librairie implantée au coeur de la Faculté des Lettres. Après quoi, Renée s’occupa du rayon musique, un moment implanté dans une autre annexe située dans un petit espace de la rue Gaston de Saporta. Jusqu’à une date récente, Renée fut « la caissière » de la librairie.

Pour évoquer les noms de quelques-uns des écrivains qu’on rencontra à Vents du Sud, je mentionnerai parmi des centaines d’auteurs, ceux de Pierre Bourdieu, Georges Duby, Elie Wiesel et Gao Xing Jian ; parmi ceux qui sont moins connus et que l’on pouvait croiser, je pense à un personnage infiniment attachant, le poète et peintre touareg Hawad. J’indiquerai aussi que Pierrette Lazerges fut nommée chevalier des Arts et des Lettres. Après quoi, Bruno Etienne lui remit la Légion d’Honneur ; Jean Simon a conservé le texte du beau discours prononçé en cette occasion.

Reste à écrire ce qui sera source de profonde mélancolie ou bien de simple réalisme, selon les tempéraments de chacun. Au fil des ans, la santé de Pierrrette se dégrada, elle souffrait de son asthme depuis de longues années : pendant les dernières saisons de sa vie, elle exigeait de pouvoir revenir chez Vents du Sud de façon quotidienne. Son espace vient d’être vendu, au terme de longues et délicates négociations. Le 7 de la rue Foch, pour toutes sortes de raisons, en vertu des normes aujourd’hui en vigueur, n’abritera pas de librairie : il y aura un magasin en premier plan, l’essentiel de la surface restante deviendra un appartement privé. L’aventure de Vents du Sud ne pouvait pas se poursuivre plus longtemps, il faut tenter de comprendre pourquoi cette traversée d’une époque ne dépendait pas uniquement du charisme, de l’énergie et de la puissance de travail de ses responsables.

 

J_cordeliers_-

 

Jean-Claude Lacroix qui est depuis douze ans, formateur à l’IUT des Métiers du Livre d’Aix-en-Provence a bien évidemment beaucoup réfléchi sur ce cas d’école, on peut être d’accord sur l’essentiel de ses conclusions. Vents du Sud a tout d’abord un problème de taille : avec ses extensions successives, la superficie dont dispose la librairie entraîne qu’elle n’est ni petite ni grande. Certains modèles économiques ne sont malheureusement plus valides, des expériences menées autrefois ne sont plus reconductibles. Aujourd’hui, des espaces plus restreints –  par exemple l’Odeur du Temps à Marseille – ou bien plus grands –  Goulard et Provence, sur le cours Mirabeau – sont beaucoup plus pertinents pour le commerce du livre. Autre handicap nullement corrigible : la localisation de la librairie dans le vieux quartier d’Aix-en-Provence fait d’elle un lieu difficilement accessible, la sociologie, l’histoire et la topographie de cette ville sont implacables. Parce que la vie quotidienne est souvent onéreuse, les grands lecteurs, les universitaires ont quitté Aix-en-Provence ; ils ont vieilli, ils vivent en périphérie et peuvent préférer aller du côté des Bleuets de Banon. Ce n’est pas seulement l’ouverture d’une Fnac dans Aix qui rétrécit les capacités d’une librairie comme Vents du Sud : depuis 2006, ce phénomène n’est pas réversible, le centre commercial d’Aix n’est plus en coeur de ville, il se situe parmi les Allées provençales.

On me permettra de finir par une note affective. J’habite Aix-en-Provence depuis juillet 1968, j’aime les librairies de ma ville, je les connais et les fréquente très régulièrement. La librairie que j’aurais le plus affectionnée, à l’intérieur de laquelle je me suis le plus souvent attardé, pratiquement au moins une fois par semaine, l’endroit où j’ai le plus souvent acheté des livres, c’est très clairement pour moi la librairie Vents du Sud : cet espace et ses responsables n’ont pas cessé d’aiguiser ma vie de lecteur, je leur suis profondément reconnaissant.

Alain Paire

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