Archive for janvier, 2015

19 ANS GALERIE ALAIN PAIRE – GALERIE D’EXCEPTION !

1994-2013. Petite histoire de la Galerie Alain Paire, Aix en Provence PDF Envoyer
L\’historique de la galerie
Mardi, 28 Janvier 2014 13:05

affiche Alain Paire

La Galerie-Librairie Alain Paire avait ouvert à Aix-en-Provence en septembre 1994 un premier espace au 10 de la rue des Marseillais. A compter de mai 2007, après avoir longtemps oeuvré pour le commerce des livres anciens, la galerie s’était consacrée aux expositions d’artistes contemporains au 30 de la rue du Puits Neuf.


19 ans plus tard, cette histoire s’est achevée le mardi 31 décembre 2013. La dernière exposition de la galerie composait en collaboration avec Michel Fraisset et l’Atelier Cézanne, du 4 au 31
décembre 2013 un Hommage à Achille Emperaire (1829-1898). Un catalogue de 64 pages était publié en cette occasion, un article de Philippe Dagen dansLe Monde signalait l’exposition.

Le site internet de la galerie est maintenu et continuera de se développer, de nouveaux articles sont régulièrement publiés. Pour d’autres renseignements, écrire à cette nouvelle adresse : alain.paire49@sfr.fr

Depuis la fin novembre de 2013, réalisée par Marc Voiry, une chronique hebdomadaire diffusée sur le site web de Radio-Zibeline est produite chaque mardi matin ou bien sur podcast. Cf ce lien et des coordonnées en ligne, à propos des émissions de cette chronique. On écoutera par exemple, sur cet autre lien une chronique à propos d’Hannah Arendt et Walter Benjamin en août-septembre 1940 à Marseille. Sur ce lien, un entretien avec l’historien Carlo Ginzburg.

Autre activité, du 20 au 30 juillet 2014, publication dans La Provence, édition du Pays d’Aix d’une série de dix articles à propos de l’exposition au musée Granet de la collection Henry  Pearlman. De même, le 21 décembre 2014, parution dans La Provence, de deux pages à propos de l’histoire du Jas de Bouffan.

Sur le site Mativi-Marseille, on trouve une séquence Walter Benjamin à Marseille, à propos de l’été 1940, des Cahiers du Sud et du Passage de Lorette. Deux autres émissions de Mativi-Marseille réalisées par François Mouren-Provensal sont diffusées à propos de Simone Weil et d’Antonin Artaud dans le prolongement de l’ouvrage publié par l’Imec, Chronique des Cahiers du Sud. En ligne, Germain Nouveau poète et mendiant, André Breton à la Villa Air Bel, Chefs d’oeuvre oubliés, le couvent des Minimes et la Pietà de Pourrières. A quoi s’ajoute, commandité par l’Office du Tourisme d’Aix-en-Provence, un film de neuf minutes 1715-2015 Trois siècles au Jas de Bouffan. La projection de ces sept premiers films est programmée le mercredi 14 janvier 2015  à la Méjanes-Cité du Livre, sous l’égide de la Fondation Saint-John Perse

RENCONTRE_POETIQUE_AVEC_ALAIN_PAIRE-5

Une rétrospective  Dix-neuf ans de galerie était présentée  en novembre et décembre 2013 au Musée Arteum de Châteauneuf-le-Rouge.

Catalogue, avec des textes de Gérard Allibert, Cyril Anton, Juan Barbera, Jacques Corrieu, Christiane Courbon, Michel Fraisset, Florence Laude, Alain Madeleine-Perdrillat, Chris Paire-Chappey, Annick Pegouret, Florian Rodari et Pierre Vallauri. On trouve sur ce lien les articles parus dans la presse locale (La Provence, La Marseillaise, Le Courrier d’Aix, Zibeline et Aix City local news ) à propos de la fermeture de la galerie et de l’exposition d’Arteum /Châteauneuf le Rouge.


A deux reprises, pendant l’été 2013, la galerie fut associée au Camp des Milles, en tant que commissaire d’exposition (pour Ferdinand Springer, 13 juillet / 8 septembre 2013) ou bien comme conseiller scientifique, exposition Bellmer, Ernst, Springer, Wols, du 25 septembre au 15 décembre 2013, co-production de Marseille-Provence 2013 et du Site-Mémorial du camp des Milles Catalogue édité chez Flammarion, textes de Bernadette Caille, Alain Chouraqui, Juliette Laffon et Alain Paire.

Rue des Marseillais et rue du Puits Neuf, la galerie programma entre septembre 1994 et décembre 2013 plus de 135 expositions : entre autres, des travaux de Pierre Alechinsky, Jean Amado, Vincent Bioulès, Louis Brauquier, Georges Bru, Achille Emperaire, Max Ernst, Alain Fleischer, Claude Garache, Anne-Marie Jaccottet, André Masson, Frédéric Pajak, Ernest Pignon-Ernest, Jean-Pierre Pincemin, Louis Pons,Pierre Tal-Coat, Gérard Traquandi et Bram Van Velde ainsi que des présentations d’artistes de la proche région comme Jean-Pierre Blanche, Don Jacques Ciccolini, Jean-François Coadou, Jean-Jacques Ceccarelli, Marie Ducaté, Gérard Drouillet, Laure Fermigier, Georges Guye, Michel Houssin, Kamel Khélif, Florence Laude, Gabriel Laurin, Richard Mandin, Leo Marchutz, Maoual, François Mezzapelle, Pierre Ledda,Annick Pegouret, Myriam Paoli, Serge Plagnol, Jean-Jacques Surian et Jean-Marie Zazzi.  

Les travaux  d’éditeurs liés aux arts plastiques, comme André DimancheLa Doganaet Fata Morgana furent  mis en valeur. Florian Rodari, le conservateur de la Fondation Jean Planque était le responsable en juin-juillet 2013 d’une exposition rue du Puits Neuf, Surgis de l’ombre. Des

photographes furent conviés : Denis Brihat, Jean Ely,Gilles HutchinsonBernard Lesaing, Jean Pecoul, Bernard Plossu, Claude Venezia, Thibaud Yevnine, Patrick Houdot et Willy Ronis.

Trois expositions accompagnées de catalogues furent composées avec Vincent Bioulès : en juillet 2003, Le Pic Saint Loup / L’autre montagne, pendant l’été 2006, L’Atelier grisde Cézanne et en juin 2009, Le Voyage à Vauvenargues, à propos du château et de la face nord de la Sainte Victoire. La Sainte Victoire vue des Lamberts (80 x 120 cm)figurait dans l’exposition Bioulès du Musée de Lodève « Paysages du sud » (décembre 2009 /avril 2010).

Parution en 2009 aux éditions Images en ManoeuvresPablo Picasso à Vauvenargues / Le grand atelier de la Sainte Victoire, texte d’Alain Paire, photographies de Marcel Coen, David Douglas Duncan, Hélène Parmelin et Bernard Plossu.

Don Jacques Ciccolini
Pont de Pertuis, toile de Don Jacques Ciccolini, exposition automne 2012.

En janvier et mars 2012, une évocation et un catalogue du collectionneur d’art africainPierre Guerre furent réalisés en collaboration avec Muriel Calvet et la Fondation Saint-John Perse. En mars 2012, l’exposition Hans Bellmer et les inconnus du camp des Milles réunissait grâce aux prêts de l’Association des Philatélistes d’Aix-en-Provence, une oeuvre sur papier d’Hans Bellmer, des dessins et des aquarelles  d’artistes pour partie non identifiés et des courriers qui évoquaient la vie quotidienne dans les espaces où furent détenus Max Ernst, Wols, Lion Feutchwanger et Franz Hessel.

En juillet 2012, exposition Philippe Jaccottet en compagnie des peintres, réunion à la galerie de travaux de François de Asis, Nasser Assar, Claude Garache, Alberto Giacometti, Jean-Claude Hesselbarth, Alexandre Hollan, Anne-Marie Jaccottet et Gérard de Palézieux. Octobre 2012 mettait en évidence le grand chantier mené par Don Jacques Ciccolini autour du pont de Pertuis.

vernissage
Philippe Jaccottet, Chris Paire et Anne-Marie Jaccottet (photographie de Clémence-Madeleine-Perdrillat).


Pendant l’automne 2008, la galerie avait participé à l’édition chez Kopilote d’un carnet de 36 dessins de Jean-Pierre Blanche ainsi qu’à un recueil des éditions de La Dogana à propos d’Anne-Marie Jaccottet (textes de Philippe Jaccottet, Florian Rodari et Alain Madeleine-Perdrillat). Un catalogue illustré était édité pour l’exposition de l’été 2008 autour de Jean Amado.

A partir de juin 2003, en collaboration avec Michel Fraisset, le responsable de l’Atelier Cézanne et la Brasserie de la Mairie, la galerie a coproduit des Parcours dans la ville d’Aix, certaines fois en liaison avec l’Ecole d’Art, le Pavillon de Vendôme et le musée des Tapisseries. Cette association d’acteurs privés et de structures publiques avait permis d’échafauder une quinzaine d’expositions. Des catalogues comportant des entretiens avec les artistes furent édités à propos de Jean Amado, Vincent Bioulès, Jean-Pierre Blanche, Marie Ducaté, Achille Emperaire, François Mezzapelle, Bruno Bienfait et Don Jacques Ciccolini. Une commande publique des musées d’Aix-en-Provence fut facilitée en 2006 lors de la présentation de « L’Atelier gris » de Vincent Bioulès.

En mai 2010 le Parcours imaginé avec l’Atelier Cézanne à propos du sculpteur Jean-François Coadou s’effectuait dans un troisième lieu, le jardin de Colette Delmas, rue Clovis Hugues.  Du 14 septembre au 16 octobre 2010, en concertation avec le Gudgi, la Ville d’Aix et la Cpa, la galerie imaginait l’hommage à Jean-Marie Sorgue, décédé en avril 2010. Dix-huit lieux « petits » ou « grands », le musée Granet, le musée des Tapisseries, l’Office du Tourisme, la Méjanes, l’Iep d’Aix et le Centre franco-allemand s’associaient à cet hommage.

En mars-avril 2011, Don Jacques Ciccolini était présenté au 200 RD 10 sur la route de Vauvenargues ainsi qu’à l’Atelier Cézanne. En mai-juin 2011, des toiles de Serge Plagnol étaient présentées à la Brasserie de la Mairie.

 

thumb_alain_paire_jacques_dupin.jpg
Octobre 2007, avec Jacques Dupin, 30 rue du Puits Neuf, photo Michel Nguyen.

En juillet-août 2008,  une rétrospective Jean Amado s’est déroulée dans quatre lieux d’Aix -en-Provence : le jardin du Jas de Bouffan, l’atelier des Lauves de Paul Cézanne, le Centre Culturel de la Baume les Aix et le 30 de la rue du Puits Neuf. A deux reprises, autour du dessinateur/ auteur Kamel Khélif, en 2008 et 2009, la galerie s’est associée au Festival de Bandes dessinées d’Aix en Provence de Michel Fraisset et Serge Darpaix. En 2010, deux expositions étaient organisées dans le cadre de ce Festival, avec Isabelle Boinot et Sylvia Michel. 2012 permettait de présenter des dessins de Frédéric Pajak.

 

paire_InvitationAvec l’appui de François Gasnault, pendant la période 2005-2009, en collaboration avec le Centre aixois des Archives départementales des Bouches du Rhône, Alain Paire a programmé des expositions, des conférences et des colloques en liaison avec les expositions de la Galerie du Conseil Général du Cours Mirabeau. Un colloque de la MMSH, une publication aux éditions Inculteet une exposition ont retracé pendant l’hiver 2005 le parcours de la revue « L’Arc et  Stéphane Cordier ». Une exposition et un catalogue furent consacrés à Louise Germain, contemporaine de Paul Cézanne. Des conférences ont convié des historiens, des gens de musée et des chercheurs.

En septembre 2008, en collaboration avec les Archives départementales des Bouches du Rhône de François Gasnault et l’UMR Telemme de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, Alain Paire programmait une exposition et un colloque autour de la thématique André Masson et Georges Duby / Arts plastiques et Sciences humaines / Les ateliers d’Aix en Provence 1948-1968.

En 2009, la galerie a reçu une aide de la Cpa pour l’exposition et la production d’ilfochromes d’Alain Fleischer présentés pendant l’été dans le hall du Musée des Tapisseries. Jusqu’en 2008, la galerie n’avait pas sollicité de subventions auprès des collectivités publiques ; depuis cette date, elle bénéficiait pour son fonctionnement du soutien financier de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et du Conseil Général des Bouches du Rhône.

 

Le site de la galerie s’est ouvert en décembre 2007 avec le concours du photographe et web master Gilles Hutchinson. Sur ce lien, on retrouvera la liste des articles proposés par Alain Madeleine-Perdrillat. Entre mai 2008 et mars 2009, A.Paire a publié des articles dans le site Rue 89/ Marseille animé par Rémi Leroux, par exemple à propos de Kamel KhelifPoezibao de Florence Trocmé  a mis en ligne à compter de septembre 2008 plusieurs chroniques listées sur ce lien. Cf sur cet autre lien, une évocation du site de la galerie par Michéa Jacobi.

Alain Paire avait coordonné en 1976 le cahier  de L’Arc composé autour d’Yves Bonnefoy. Il a publié La Vieille Charité/ Histoire d’un monument chez Edisud ,Chronique des Cahiers du Sud 1914-1966, éd de l’Imec 1993, et Peinture et Sculpture à Marseille 1906-1999 aux Editions Jeanne Laffitte. En 2009 aux éditions Images en ManoeuvresPablo Picasso à Vauvenargues / Le grand atelier de la Sainte Victoire. En 2013, Achille Emperaire peintre 1829-1898, éd. de l’Atelier Cézanne.

chronique-cahier-du-sud_alain-paire.jpgpeinture_et_sculpture_marseille_alain_paire.jpg

 

Emp_invit

Décembre 2013, Achille Emperaire, dernière expostion de la galerie.

Gazette

Antonin Artaud, Walter Benjamin, André Breton, Germain Nouveau, Simone Weil, La Pietà de Pourrières, des films de huit minutes sur la chaîne Mativi-Marseille

Choses lues, choses vues | Mardi, 6 Janvier 2015

News imageUne image de Germain Nouveau, poète et mendiant, 1851-1920. Six chroniques de sept ou huit minutes, réalisées par François Mouren-Provensal, des films diffusés sur la chaîne Mativi-Marseille à propos du…

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Aix, cité romaine : « la ville invisible » dévoile ses mosaïques

Choses lues, choses vues | Lundi, 5 Janvier 2015

News imageOrphée musicien, découvert en 1843, Enclos Milhaud, coll du musée Granet (photo Serge Mercier). Sur ce lien, à propos de cette exposition, une chronique Radio-Zibeline. Avec ses sculptures, ses…

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Germaine Krull dans son siècle, une photographe insaisissable

Choses lues, choses vues | Jeudi, 25 Décembre 2014

News imageGermaine Krull, photographie, Marseille, Le Pont Transbordeur, 1930. Pour le grand public et pour tous ceux qui aiment la photographie, 2015 sera vraisemblablement l’année de la révélation de Germaine…

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La Bastide du Jas de Bouffan, article dans « La Provence »

Choses lues, choses vues | Mardi, 23 Décembre 2014

News imageDimanche 21 décembre 2014, sur les pages 2 et 3 du quotidien La Provence, édition d’Aix-en-Provence, j’ai publié deux pages à propos de La bastide du Jas de Bouffan. Serge…

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1994-2013. Petite histoire de la Galerie Alain Paire, Aix en Provence PDF Envoyer
L\’historique de la galerie
Mardi, 28 Janvier 2014 13:05

affiche Alain Paire

La Galerie-Librairie Alain Paire avait ouvert à Aix-en-Provence en septembre 1994 un premier espace au 10 de la rue des Marseillais. A compter de mai 2007, après avoir longtemps oeuvré pour le commerce des livres anciens, la galerie s’était consacrée aux expositions d’artistes contemporains au 30 de la rue du Puits Neuf.


19 ans plus tard, cette histoire s’est achevée le mardi 31 décembre 2013. La dernière exposition de la galerie composait en collaboration avec Michel Fraisset et l’Atelier Cézanne, du 4 au 31
décembre 2013 un Hommage à Achille Emperaire (1829-1898). Un catalogue de 64 pages était publié en cette occasion, un article de Philippe Dagen dansLe Monde signalait l’exposition.

Le site internet de la galerie est maintenu et continuera de se développer, de nouveaux articles sont régulièrement publiés. Pour d’autres renseignements, écrire à cette nouvelle adresse : alain.paire49@sfr.fr

Depuis la fin novembre de 2013, réalisée par Marc Voiry, une chronique hebdomadaire diffusée sur le site web de Radio-Zibeline est produite chaque mardi matin ou bien sur podcast. Cf ce lien et des coordonnées en ligne, à propos des émissions de cette chronique. On écoutera par exemple, sur cet autre lien une chronique à propos d’Hannah Arendt et Walter Benjamin en août-septembre 1940 à Marseille. Sur ce lien, un entretien avec l’historien Carlo Ginzburg.

Autre activité, du 20 au 30 juillet 2014, publication dans La Provence, édition du Pays d’Aix d’une série de dix articles à propos de l’exposition au musée Granet de la collection Henry  Pearlman. De même, le 21 décembre 2014, parution dans La Provence, de deux pages à propos de l’histoire du Jas de Bouffan.

Sur le site Mativi-Marseille, on trouve une séquence Walter Benjamin à Marseille, à propos de l’été 1940, des Cahiers du Sud et du Passage de Lorette. Deux autres émissions de Mativi-Marseille réalisées par François Mouren-Provensal sont diffusées à propos de Simone Weil et d’Antonin Artaud dans le prolongement de l’ouvrage publié par l’Imec, Chronique des Cahiers du Sud. En ligne, Germain Nouveau poète et mendiant, André Breton à la Villa Air Bel, Chefs d’oeuvre oubliés, le couvent des Minimes et la Pietà de Pourrières. A quoi s’ajoute, commandité par l’Office du Tourisme d’Aix-en-Provence, un film de neuf minutes 1715-2015 Trois siècles au Jas de Bouffan. La projection de ces sept premiers films est programmée le mercredi 14 janvier 2015  à la Méjanes-Cité du Livre, sous l’égide de la Fondation Saint-John Perse

RENCONTRE_POETIQUE_AVEC_ALAIN_PAIRE-5

Une rétrospective  Dix-neuf ans de galerie était présentée  en novembre et décembre 2013 au Musée Arteum de Châteauneuf-le-Rouge.

Catalogue, avec des textes de Gérard Allibert, Cyril Anton, Juan Barbera, Jacques Corrieu, Christiane Courbon, Michel Fraisset, Florence Laude, Alain Madeleine-Perdrillat, Chris Paire-Chappey, Annick Pegouret, Florian Rodari et Pierre Vallauri. On trouve sur ce lien les articles parus dans la presse locale (La Provence, La Marseillaise, Le Courrier d’Aix, Zibeline et Aix City local news ) à propos de la fermeture de la galerie et de l’exposition d’Arteum /Châteauneuf le Rouge.


A deux reprises, pendant l’été 2013, la galerie fut associée au Camp des Milles, en tant que commissaire d’exposition (pour Ferdinand Springer, 13 juillet / 8 septembre 2013) ou bien comme conseiller scientifique, exposition Bellmer, Ernst, Springer, Wols, du 25 septembre au 15 décembre 2013, co-production de Marseille-Provence 2013 et du Site-Mémorial du camp des Milles Catalogue édité chez Flammarion, textes de Bernadette Caille, Alain Chouraqui, Juliette Laffon et Alain Paire.

Rue des Marseillais et rue du Puits Neuf, la galerie programma entre septembre 1994 et décembre 2013 plus de 135 expositions : entre autres, des travaux de Pierre Alechinsky, Jean Amado, Vincent Bioulès, Louis Brauquier, Georges Bru, Achille Emperaire, Max Ernst, Alain Fleischer, Claude Garache, Anne-Marie Jaccottet, André Masson, Frédéric Pajak, Ernest Pignon-Ernest, Jean-Pierre Pincemin, Louis Pons,Pierre Tal-Coat, Gérard Traquandi et Bram Van Velde ainsi que des présentations d’artistes de la proche région comme Jean-Pierre Blanche, Don Jacques Ciccolini, Jean-François Coadou, Jean-Jacques Ceccarelli, Marie Ducaté, Gérard Drouillet, Laure Fermigier, Georges Guye, Michel Houssin, Kamel Khélif, Florence Laude, Gabriel Laurin, Richard Mandin, Leo Marchutz, Maoual, François Mezzapelle, Pierre Ledda,Annick Pegouret, Myriam Paoli, Serge Plagnol, Jean-Jacques Surian et Jean-Marie Zazzi.  

Les travaux  d’éditeurs liés aux arts plastiques, comme André DimancheLa Doganaet Fata Morgana furent  mis en valeur. Florian Rodari, le conservateur de la Fondation Jean Planque était le responsable en juin-juillet 2013 d’une exposition rue du Puits Neuf, Surgis de l’ombre. Des

photographes furent conviés : Denis Brihat, Jean Ely,Gilles HutchinsonBernard Lesaing, Jean Pecoul, Bernard Plossu, Claude Venezia, Thibaud Yevnine, Patrick Houdot et Willy Ronis.

Trois expositions accompagnées de catalogues furent composées avec Vincent Bioulès : en juillet 2003, Le Pic Saint Loup / L’autre montagne, pendant l’été 2006, L’Atelier grisde Cézanne et en juin 2009, Le Voyage à Vauvenargues, à propos du château et de la face nord de la Sainte Victoire. La Sainte Victoire vue des Lamberts (80 x 120 cm)figurait dans l’exposition Bioulès du Musée de Lodève « Paysages du sud » (décembre 2009 /avril 2010).

Parution en 2009 aux éditions Images en ManoeuvresPablo Picasso à Vauvenargues / Le grand atelier de la Sainte Victoire, texte d’Alain Paire, photographies de Marcel Coen, David Douglas Duncan, Hélène Parmelin et Bernard Plossu.

Don Jacques Ciccolini
Pont de Pertuis, toile de Don Jacques Ciccolini, exposition automne 2012.

En janvier et mars 2012, une évocation et un catalogue du collectionneur d’art africainPierre Guerre furent réalisés en collaboration avec Muriel Calvet et la Fondation Saint-John Perse. En mars 2012, l’exposition Hans Bellmer et les inconnus du camp des Milles réunissait grâce aux prêts de l’Association des Philatélistes d’Aix-en-Provence, une oeuvre sur papier d’Hans Bellmer, des dessins et des aquarelles  d’artistes pour partie non identifiés et des courriers qui évoquaient la vie quotidienne dans les espaces où furent détenus Max Ernst, Wols, Lion Feutchwanger et Franz Hessel.

En juillet 2012, exposition Philippe Jaccottet en compagnie des peintres, réunion à la galerie de travaux de François de Asis, Nasser Assar, Claude Garache, Alberto Giacometti, Jean-Claude Hesselbarth, Alexandre Hollan, Anne-Marie Jaccottet et Gérard de Palézieux. Octobre 2012 mettait en évidence le grand chantier mené par Don Jacques Ciccolini autour du pont de Pertuis.

vernissage
Philippe Jaccottet, Chris Paire et Anne-Marie Jaccottet (photographie de Clémence-Madeleine-Perdrillat).


Pendant l’automne 2008, la galerie avait participé à l’édition chez Kopilote d’un carnet de 36 dessins de Jean-Pierre Blanche ainsi qu’à un recueil des éditions de La Dogana à propos d’Anne-Marie Jaccottet (textes de Philippe Jaccottet, Florian Rodari et Alain Madeleine-Perdrillat). Un catalogue illustré était édité pour l’exposition de l’été 2008 autour de Jean Amado.

A partir de juin 2003, en collaboration avec Michel Fraisset, le responsable de l’Atelier Cézanne et la Brasserie de la Mairie, la galerie a coproduit des Parcours dans la ville d’Aix, certaines fois en liaison avec l’Ecole d’Art, le Pavillon de Vendôme et le musée des Tapisseries. Cette association d’acteurs privés et de structures publiques avait permis d’échafauder une quinzaine d’expositions. Des catalogues comportant des entretiens avec les artistes furent édités à propos de Jean Amado, Vincent Bioulès, Jean-Pierre Blanche, Marie Ducaté, Achille Emperaire, François Mezzapelle, Bruno Bienfait et Don Jacques Ciccolini. Une commande publique des musées d’Aix-en-Provence fut facilitée en 2006 lors de la présentation de « L’Atelier gris » de Vincent Bioulès.

En mai 2010 le Parcours imaginé avec l’Atelier Cézanne à propos du sculpteur Jean-François Coadou s’effectuait dans un troisième lieu, le jardin de Colette Delmas, rue Clovis Hugues.  Du 14 septembre au 16 octobre 2010, en concertation avec le Gudgi, la Ville d’Aix et la Cpa, la galerie imaginait l’hommage à Jean-Marie Sorgue, décédé en avril 2010. Dix-huit lieux « petits » ou « grands », le musée Granet, le musée des Tapisseries, l’Office du Tourisme, la Méjanes, l’Iep d’Aix et le Centre franco-allemand s’associaient à cet hommage.

En mars-avril 2011, Don Jacques Ciccolini était présenté au 200 RD 10 sur la route de Vauvenargues ainsi qu’à l’Atelier Cézanne. En mai-juin 2011, des toiles de Serge Plagnol étaient présentées à la Brasserie de la Mairie.

 

thumb_alain_paire_jacques_dupin.jpg
Octobre 2007, avec Jacques Dupin, 30 rue du Puits Neuf, photo Michel Nguyen.

En juillet-août 2008,  une rétrospective Jean Amado s’est déroulée dans quatre lieux d’Aix -en-Provence : le jardin du Jas de Bouffan, l’atelier des Lauves de Paul Cézanne, le Centre Culturel de la Baume les Aix et le 30 de la rue du Puits Neuf. A deux reprises, autour du dessinateur/ auteur Kamel Khélif, en 2008 et 2009, la galerie s’est associée au Festival de Bandes dessinées d’Aix en Provence de Michel Fraisset et Serge Darpaix. En 2010, deux expositions étaient organisées dans le cadre de ce Festival, avec Isabelle Boinot et Sylvia Michel. 2012 permettait de présenter des dessins de Frédéric Pajak.

 

paire_InvitationAvec l’appui de François Gasnault, pendant la période 2005-2009, en collaboration avec le Centre aixois des Archives départementales des Bouches du Rhône, Alain Paire a programmé des expositions, des conférences et des colloques en liaison avec les expositions de la Galerie du Conseil Général du Cours Mirabeau. Un colloque de la MMSH, une publication aux éditions Inculteet une exposition ont retracé pendant l’hiver 2005 le parcours de la revue « L’Arc et  Stéphane Cordier ». Une exposition et un catalogue furent consacrés à Louise Germain, contemporaine de Paul Cézanne. Des conférences ont convié des historiens, des gens de musée et des chercheurs.

En septembre 2008, en collaboration avec les Archives départementales des Bouches du Rhône de François Gasnault et l’UMR Telemme de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, Alain Paire programmait une exposition et un colloque autour de la thématique André Masson et Georges Duby / Arts plastiques et Sciences humaines / Les ateliers d’Aix en Provence 1948-1968.

En 2009, la galerie a reçu une aide de la Cpa pour l’exposition et la production d’ilfochromes d’Alain Fleischer présentés pendant l’été dans le hall du Musée des Tapisseries. Jusqu’en 2008, la galerie n’avait pas sollicité de subventions auprès des collectivités publiques ; depuis cette date, elle bénéficiait pour son fonctionnement du soutien financier de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et du Conseil Général des Bouches du Rhône.

 

Le site de la galerie s’est ouvert en décembre 2007 avec le concours du photographe et web master Gilles Hutchinson. Sur ce lien, on retrouvera la liste des articles proposés par Alain Madeleine-Perdrillat. Entre mai 2008 et mars 2009, A.Paire a publié des articles dans le site Rue 89/ Marseille animé par Rémi Leroux, par exemple à propos de Kamel KhelifPoezibao de Florence Trocmé  a mis en ligne à compter de septembre 2008 plusieurs chroniques listées sur ce lien. Cf sur cet autre lien, une évocation du site de la galerie par Michéa Jacobi.

Alain Paire avait coordonné en 1976 le cahier  de L’Arc composé autour d’Yves Bonnefoy. Il a publié La Vieille Charité/ Histoire d’un monument chez Edisud ,Chronique des Cahiers du Sud 1914-1966, éd de l’Imec 1993, et Peinture et Sculpture à Marseille 1906-1999 aux Editions Jeanne Laffitte. En 2009 aux éditions Images en ManoeuvresPablo Picasso à Vauvenargues / Le grand atelier de la Sainte Victoire. En 2013, Achille Emperaire peintre 1829-1898, éd. de l’Atelier Cézanne.

chronique-cahier-du-sud_alain-paire.jpgpeinture_et_sculpture_marseille_alain_paire.jpg

 

Emp_invit

Décembre 2013, Achille Emperaire, dernière expostion de la galerie.

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jean_et_pierrette
Jean Simon en compagnie de Pierrette Lazerges à qui Bruno Etienne vient de remettre la croix de la Légion d’Honneur.

 

Une aventure qui commença en 1947 dans une librairie d’Alger vient de s’achever à Aix-en-Provence : Pierrette Lazerges est décédée le 31 juillet 2014, à l’âge de 84 ans. En décembre 1973, elle avait ouvert dans la proximité de la place Albertas, en haut de la rue Espariat, une première librairie pour laquelle elle avait trouvé un nom qui vaut programme, Vents du Sud. Elle transféra en  mai 1980 son lieu de travail dans le coeur de la ville, au 7 de la rue Maréchal Foch, près du petit marché et des terrasses de la Place Richelme. Cette histoire vient de rencontrer son terme : le 15 janvier 2014 fut la dernière journée d’activités deVents du Sud.

Pierrette Lazerges avait commencé de travailler en librairie à l’âge de dix-sept ans. Elle avait été engagée « à l’essai ». Très vite, elle avait décidé de ne pas terminer ses études de lycéenne. En 1947, Noël Schumann, le propriétaire de la librairie de L’Empire qui se situait à Alger rue Michelet, avait besoin de remplacer un employé qui lui faisait brusquement défaut. La mère de Pierrette – elle vivra jusqu’en 1993 – venait de Naples : elle était arrivée depuis cet autre côté de la Méditerranée avant la première guerre mondiale. Pour ses frères napolitains plus âgés qui partirent pour les Etats-Unis, Alger était une étape sur les chemins de l’émigration. La mère de Pierrette avait préféré ne pas s’en aller plus loin. Elle était restée à Alger. Elle épousa quelqu’un de très modeste, un plâtrier.

Depuis cette occasion soudainement saisie en 1947, et jusqu’au terme de sa vie, la librairie fut la joie et la préoccupation constante de Pierrette Lazerges. Elle aurait beaucoup aimé associer continûment les livres et la musique qui furent les grands pôles de sa vie. Il lui arriva de vendre des disques à Alger ainsi qu’à Aix ; elle était heureuse quand elle animait pendant les années 1990 une librairie provisoire qui complétait en juillet, dans l’Archevêché ou bien sur la rue Gaston de Saporta, les soirées du Festival d’Art lyrique d’Aix. Une exceptionnelle énergie, un sens aigu de la relation avec plusieurs décennies de lecteurs lui permirent de lier son existence aux destinées des métiers du livre. Des employés en librairie qui furent souvent de proches amis, ses deux enfants Jean-Claude et Martine, et puis Jean Simon qui fut son compagnon, à partir de 1963 et jusqu’aux ultimes heures de sa vie, l’aidèrent grandement.
J._pierrette

Pierrette Lazerges,  photographie de Jean Pecoul

 

Pierrette Lazerges aurait aimé ne jamais quitter Alger. Au lendemain de l’Indépendance, en 1962, Monsieur Lévy, le propriétaire de la librairie de l’Empire lui avait laissé la gestion de son fonds. Elle avait rebaptisé son commerce : elle lui donna le nom de Librairie des Beaux-Arts. Pierrette était parfois seule dans sa boutique de la rue Michelet. Jean-Claude Lacroix, son fils aîné qui naquit en 1954, s’en souvient : pendant les fêtes de Noêl, il lui arriva, très jeune, d’assurer en compagnie de sa mère, la caisse de la librairie et la confection des paquets-cadeaux. Pendant le deuxième trimestre de  1973, la quasi-impossibilité qu’elle rencontrait de faire venir jusqu’à Alger des livres édités en France, le départ des  coopérants français, et puis surtout la montée des périls avaient contraint Pierrette à partir s’établir en Provence. Elle avait une soeur et un beau-frère établis à la Roque d’Antheron, son fils entreprenait des études à Marseille.

La physionomie des librairies aixoises n’était pas celle d’aujourd’hui. A côté des grands établissements du cours Mirabeau qui continuent d’être les deux grandes librairies d’Aix – la librairie, autrefois maison de presse Goulard et la librairie de Provence – Pierrette Lazerges estimait que la niche d’une nouveau lieu pouvait permettre de tenter l’aventure. Pendant ce tournant des années soixante-dix, deux librairies de qualité achevaient leur parcours, la librairie Le Divan de Pierre Dedet ainsi que Le Furet de Pierre Brahic qui partait s’implanter à Marseille, au 54 de la rue Paradis, jusqu’en août 2008. D’autres librairies généralistes se situaient dans Aix : sur la Place des Prêcheurs,  il y avait Le Dragon. Place Verdun, sur l’angle de la rue Thiers, jusqu’au début des années 90, la librairie-papeterie Makaire jouxtait un commerce de livres de plus modeste dimension, son espace est aujourd’hui occupé par la librairie Harmonia Mundi.

Pierrette Lazerges avait négocié l’achat de son droit au bail auprès du responsable d’une librairie catholique qui n’avait plus d’avenir. Avant de prendre sa décision, elle avait méthodiquement observé le travail de ses confrères aixois : Pierrette avait le sentiment que plusieurs des livres dont ses futurs clients pouvaient avoir besoin ne figuraient pas dans la plupart des librairies d’Aix. Son intuition et son sens du dialogue la guidèrent souvent, sa voie se traça progressivement : à côté de ce qui fut l’essentiel de son fonds – la littérature, les sciences humaines et puis la musique – elle avait le souci d’ouvrir de nouveaux centres d’intérêt. Par exemple, dés ses premières années à Aix, parce qu’elle savait écouter et pressentir ce que pouvaient lui dire les clients de la librairie, elle développa des rayons du côté des livres pour enfants, vers la bande dessinée ainsi que dans le domaine de la science-fiction. Un registre et une corporation parfaitement identifiables lui permirent d’effectuer une première percée : « les seventies », c’était entre autres choses, l’époque pendant laquelle les ouvrages de Jacques Lacan et plus généralement la psychanalyse suscitaient de fortes demandes. Quand il pense à cette première époque qui fut joyeuse, difficile et prenante, son compagnon Jean Simon estime que « ce sont les psychanalystes qui sauvèrent Vents du Sud ».

 

jean_simon


Jean Simon avait exactement quarante ans lorsqu’il s’associa aux destinées de Vents du Sud : pendant les premières années de la librairie, il accepta de ne pas être salarié ou bien d’être payé à mi-temps. Ce personnage mince et longiligne dont on affectionne la souriante discrétion, la compétence et la gentillesse, dételait rarement. Juste en face de la vitrine de la librairie, sa chambre du 24 de la rue Espariat servait souvent de dépôt pour les livres : dans son domicile, des surcroîts de cartons déboulaient depuis Vents du Sud dont la superficie était seulement de 49 mètres carrés. Avant qu’il ne participe à la librairie des Beaux-Arts d’Alger, cet autodidacte par ailleurs passionné de voile et de navigation était passé par d’autres métiers, notamment dans une filiale de Berliet spécialisée dans le shipping.
Ses rares moments vécus hors librairie, Jean Simon les aura passés dans un autre registre de travail, en Bretagne, en tant qu’encadrant pour l’école des Glénans.

 

Le lieu qui avait pendant sa jeunesse achevé de forger son inguérissable passion pour les livres, c’était une autre librairie d’Alger qu’il avait assidûment fréquentée, la librairie Rivages qui fut magnifiquement dirigée par un proche ami d’Albert Camus et de Jean Grenier, l’éditeur Edmond Charlot. Charlot lui permettait de découvrir sur place tous les livres qu’il avait envie de lire : Jean Simon qui avait parallèlement la joie de suivre dans son lycée les cours et les ateliers de théâtre de Georges Sallet alias Gilles Sandier (1924-1982), passa de longues après-midis, assis lisant dans un coin de la librairie Rivages.

J._Beaux_art

Alger, rue Michelet, la librairie des Beaux-Arts.


Pierrette Lazerges et Jean Simon ne sont jamais revenus à Alger. Pour ce couple, le grand départ fut un déchirement sans cesse revécu : c’était là-bas, et non pas dans Aix-en-Provence qui n’est pas exempte de défauts, ce fut dans les rues, les maisons et les plages d’Alger, avec toutes sortes d’amis, qu’ils se sentirent tous deux, profondément heureux. Tout récemment, je regardais dans le petit appartement d’Aix où vit Jean Simon, une affiche qui reproduit la très émouvante phrase d’un poète kurde : sur le vieux crépi d’un mur, quelqu’un a griffonné que « le pays où tu es né n’existe plus sur les cartes ». La destinée de la librairie des Beaux-Arts qui vaille que vaille, est toujours ouverte à Alger, a constamment habité l’esprit de ces aixois d’adoption. L’un des piliers de la rue Michelet qui fut un intense foyer d’échanges et de rencontres s’appelait Joachim Grau : Joachim était d’origine espagnole, les algérois avaient l’habitude de l’appeler Vincent. A plusieurs reprises, Vincent était venu revoir à Aix ses amis Pierrette et Jean qui souhaitaient vivement qu’il puisse devenir un permanent de Vents du Sud. En dépit de cette offre maintes fois réitérée, Vincent avait préféré repartir pour Alger. Les livres qu’il décidait de mettre en valeur sur la vitrine de sa librairie des Beaux-Arts étaient trop audacieusement libres : Joachim Grau fut assassiné le 21 février 1994.

Avec ses arrivages incessants de livres et de disques, l’espace de la rue Espariat était beaucoup trop exigu pour que Vents du Sud puisse se développer. Par ailleurs, l’installation pendant quelques années, entre passage Agard et rue Fabrot, de la librairie du Passage des Carmes - aujourd’hui, c’est le siège d’une vaste parfumerie – avait modifié la donne aixoise, les cartes du commerce du livre se redistribuaient. Quand survint le tournant des années 80, une décision s’imposa à Pierrette dont l’énergie et la volonté de développement ne furent jamais pris en défaut : il lui fallait trouver un local beaucoup plus vaste et susciter l’apport des capitaux de nouveaux actionnaires pour sa SARL. La conjoncture était favorable, Jérôme Lindon et les éditions de Minuit qui militaient vaillamment pour que la loi sur le Prix unique du livre soit intelligemment votée, avaient de l’estime et de la sympathie pour Vents du Sud : grâce aux fonds que Samuel Beckett avait mis à la disposition de Lindon, grâce aux droits d’auteur d’un Prix Nobel rigoureusement inclassable, plusieurs librairies de l’hexagone et notamment la librairie de Pierrette et Jean furent généreusement aidées. Des dames d’Aix furent associées de 1980 à 1986 au travail dans la librairie : elles contribuèrent au capital de cette entreprise qui ne fut pas bien comprise par sa Banque puisqu’elle manqua souvent, et assez cruellement, de fonds propres. Avant d’abriter une librairie, le 7 de la rue Maréchal Foch était un commerce de meubles et de chaises en rotin qui s’appelait « Le mouton doré ». A côté de la librairie et du Bar des PTT, là où se tient une alimentation, il y avait une petite boucherie. De l’autre côté, en montant vers l’Hôtel de Ville, on aperçoit deux cariatides. Il arrive qu’on puisse franchir le portail en bois : on contemple la vaste cage d’escalier de l’Hôtel d’Arbaud.

J_1990_

 

Entre 1980 et 1996 – date du départ à la retraite de Jean Simon – se situent les grandes années, l’irrésistible croissance de Vents du Sud qui parvint à se hisser durablement dans le classement des 90 ou 100 meilleurs chiffres d’affaires des librairies de l’hexagone. Tout l’espace de la librairie qui vient de fermer ses portes n’était pas occupé de la même manière, plusieurs extensions furent programmées à deux reprises. Au départ, la librairie avait seulement 90 mètres de carrés de surface de vente. Ses sous-sols servaient de réserve, un petit amphithéâtre avait été aménagé tout au fond afin d’ouvrir « l’Espace libre » de Vents du Sud, on pouvait y accéder le soir depuis la rue des Cordeliers, sans devoir entrer par la librairie. Gendre de Pierrette Lazerges, Bernard Boulogne qui avait épousé Martine Lacroix, fut pendant plusieurs années, avec l’aide de la Drac et du ministère de la Culture, l’animateur d’une association qui conviait régulièrement des écrivains pour des lectures et des débats et organisait des interventions en milieu scolaire.

Cette séquence de l’Espace libre servit fortement le développement de l’image de la librairie. Chez Vents du Sud, un gros travail de fond s’effectuait quotidiennement en interne, remarquablement servi par la belle complémentarité de Pierrette Lazerges et de Jean Simon : selon les affinités, les lecteurs et les clients qui demandaient des renseignements, se tournaient vers l’un ou vers l’autre. A quoi s’ajoutait  la volonté d’accroître la visibilité de ce travail et d’oeuvrer aussi souvent que possible hors des murs de la librairie et de la ville. Grâce à l’impulsion donnée par l’association de l’Espace libre / Vents du Sud, l’habitude fut prise de partir vendre des livres loin de la place Richelme. Jusqu’à une date récente – sur ce point, Vents du Sud fut pionnière – il y eut deux, trois ou quatre fois par mois, des sorties et des ventes hors librairie, à l’occasion des Fêtes du livre, des colloques, séminaires, rencontres et débats de bon aloi qui pouvaient se mener dans  le pays d’Aix ainsi qu’à Marseille : aucune possibilité de mobilité ne fut négligée.

J’ai le souvenir d’avoir invité et accueilli – les universitaires et les auditeurs en étaient profondément heureux – Pierrette et Jean lors de colloques que j’organisais au milieu des années 1980 dans le Var, au Collège d’Echanges Contemporains de Saint-Maximin. Plus tard et assez souvent, je retrouvais, nous retrouvions dans des lieux multiples et pas conventionnels, les tables de livres commandés par Vents du Sud :  à la MMSH, à la Cité du Livre de la Méjanes, au centre culturel jésuite de La Baume ou bien  au centre aixois des archives départementales. Chaque fois, c’était un vif plaisir, un apport de qualité : Vents du Sud prenait le risque de faire venir des livres « pointus » ou bien difficilement trouvables. Ce surcroît de travail impliquait évidemment des heures supplémentaires qui n’étaient pas forcément bien payées pour les employés de la librairie qui se dévouaient. Cependant, cette stratégie de communication et ces coups de poker, ces moments de sociabilité pouvaient être d’un bon rapport : il arrivait que la recette effectuée hors les murs soit supérieure au chiffre quotidiennement obtenu rue Foch.

Pendant les vingt dernières années du vingtième siècle, il y eut chez Vents du Sudtoutes sortes d’adaptations et de péripéties, des tensions et des contradictions. Il y avait quelque chose d’à la fois rieur et d’inflexible dans ce parcours de vie, certaines fois semé d’embûches. L’humour, les fous rires, la courtoisie et la fantaisie avaient leur part ; il est pourtant arrivé qu’on dise à propos des convictions de Pierrette Lazerges qu’avec elle, si l’on ne donne pas tout, eh bien, on ne donne rien ! Le personnel changeait souvent, des visages et des silhouettes d’employés ou bien des stagiaires s’éloignèrent, des moments de crise et des remplacements survinrent : quelques saisons après la fermeture du petit amphithéâtre de l‘Espace Libre, Bernard Boulogne et son épouse Martine Lacroix quittèrent la librairie.

 

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Emmanuelle Cescosse, photographie d’Anna Ostrowska.

 

En 1989, l’une des personnes qui fut essentielle pour le développement de la librairie, Emmanuelle Cescosse était recrutée ; « Manu » venait d’une Fnac de Bordeaux, elle connaissait bien Aix où elle avait vécu son enfance et sa jeunesse. Aux côtés de Pierrette et de Jean, jusqu’en 2011, pendant 23 ans, Emmanuelle Cescosse fut l’une des grandes ressources de Vents du Sud. C’était une personne de confiance, appréciée et consultée : elle aime dire aujourd’hui que ses dix premières années dans la librairie d’Aix furent des années de vrai bonheur. Auparavant, Henri Causse, le directeur commercial des éditions de Minuit principal actionnaire de la librairie, avait proposé que Jean-Claude Lacroix devienne le responsable de la gestion de la librairie. Jean-Claude reprenait le travail aux côtés de sa mère. Au départ, il  croyait sincèrement être embauché pour rendre service pendant seulement trois ans : au total, il sera resté pendant trente-trois ans dans la librairie dont il prit la direction, après le départ en retraite de Pierrette. Ses études antérieures, ses compétences en informatique, notamment pour l’utilisation du logiciel Tite-Live firent de lui un rouage essentiel à l’intérieur de l’association L’Oeil de la Lettrequi regroupait le réseau de librairies indépendantes qui sut lutter contre l’éventuelle emprise de la Fnac et de Virgin.


Un nouveau tournant survint en juillet 1990. Il fallait accroître la capacité de la librairie, créer de nouveaux espaces. On se souvient qu’en 1980, la librairie occupait 90 mètres carrés. On avait ouvert une verrière et un jardin dans la proximité du rayon des livres pour enfants et adolescents. On avait installé dans cet espace un merveilleux assemblage du sculpteur Jean Amado (1922-1995), une petite fontaine dont la forme globale, proche d’une embarcation, métaphorise magnifiquement le périple de nos amis libraires, entre Alger et la Provence : l’image de cette fontaine figura sur la plupart des sacs en plastique dans lesquels s’enveloppaient les achats de livres. Un premier chantier s’ouvrit pour atteindre une surface de 160 mètres carrés. En juillet 1990, une nouvelle séquence procura 260 mètres de surface de vente : avec les réserves, la comptabilité, les lieux de stockage et de déballage, un total de 360 mètres carrés fut atteint. Pour financer ce chantier, le montage financier fut complexe. Le Crédit Lyonnais prêta de l’argent à Pierrette et Jean. Le reste du financement fut couvert  par plusieurs apports émanant de l’ADELC, des éditions de Minuit, du Seuil et d’Odile Jacob. Il fallut rembourser tous ces prêts. Le bonheur voulut que la librairie avait au départ l’obligation de verser un loyer dont le montant était raisonnable. Les bonnes relations que Pierrette Lazerges entretenait avec sa propriétaire permirent l’installation d’une règle de fonctionnement assez vertueuse : si Pierrette s’en est allée en tant que propriétaire de sa librairie, c’est parce que Vents du Sud avait versé une rente viagère, entre 1988 et 2008.

J__1990

Il est difficile de retracer toutes les étapes du développement de cette librairie. Je crois qu’elle sut tirer parti du potentiel d’Aix-en-Provence et qu’elle fut principalement le résultat du travail au fil des ans d’un quatuor tout à fait remarquable : sans vouloir établir une hiérarchie trop précise, rétrospectivement, on peut estimer qu’à côté de Pierrette et de Jean, les apports de Jean-Claude Lacroix et d’Emmanuelle Cescosse furent considérables. J’ai écrit plus haut que les contrats engagés par la librairie n’avaient pas toujours une durée indéterminée. Je veux citer, on voudra bien m’excuser si j’en oublie, des noms d’employés dont le passage chez Vents du Sud est à mes yeux particulièrement mémorable : par exemple Roland Alberto, Michel Bentz, Jean-Marc Janssaud, Sarah Lépine, Stéphanie Ledu, Guy Manjou, Denis Pazière, Laure de Sabran, Aude Thiebaut et Marie-Eve Venturino. Je me souviens aussi que pendant deux années, Paul Pouderoux avait à l’instigation d’Henri Causse quitté la librairie L’Odeur du temps pour une expérience à l’intérieur de Vents du Sud. Il faut avoir en mémoire Renée Saura qui vit aujourd’hui en Catalogne : pendant quatre années, au milieu des années 1990, elle fut responsable d’une annexe de la librairie implantée au coeur de la Faculté des Lettres. Après quoi, Renée s’occupa du rayon musique, un moment implanté dans une autre annexe située dans un petit espace de la rue Gaston de Saporta. Jusqu’à une date récente, Renée fut « la caissière » de la librairie.

Pour évoquer les noms de quelques-uns des écrivains qu’on rencontra à Vents du Sud, je mentionnerai parmi des centaines d’auteurs, ceux de Pierre Bourdieu, Georges Duby, Elie Wiesel et Gao Xing Jian ; parmi ceux qui sont moins connus et que l’on pouvait croiser, je pense à un personnage infiniment attachant, le poète et peintre touareg Hawad. J’indiquerai aussi que Pierrette Lazerges fut nommée chevalier des Arts et des Lettres. Après quoi, Bruno Etienne lui remit la Légion d’Honneur ; Jean Simon a conservé le texte du beau discours prononçé en cette occasion.

Reste à écrire ce qui sera source de profonde mélancolie ou bien de simple réalisme, selon les tempéraments de chacun. Au fil des ans, la santé de Pierrrette se dégrada, elle souffrait de son asthme depuis de longues années : pendant les dernières saisons de sa vie, elle exigeait de pouvoir revenir chez Vents du Sud de façon quotidienne. Son espace vient d’être vendu, au terme de longues et délicates négociations. Le 7 de la rue Foch, pour toutes sortes de raisons, en vertu des normes aujourd’hui en vigueur, n’abritera pas de librairie : il y aura un magasin en premier plan, l’essentiel de la surface restante deviendra un appartement privé. L’aventure de Vents du Sud ne pouvait pas se poursuivre plus longtemps, il faut tenter de comprendre pourquoi cette traversée d’une époque ne dépendait pas uniquement du charisme, de l’énergie et de la puissance de travail de ses responsables.

 

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Jean-Claude Lacroix qui est depuis douze ans, formateur à l’IUT des Métiers du Livre d’Aix-en-Provence a bien évidemment beaucoup réfléchi sur ce cas d’école, on peut être d’accord sur l’essentiel de ses conclusions. Vents du Sud a tout d’abord un problème de taille : avec ses extensions successives, la superficie dont dispose la librairie entraîne qu’elle n’est ni petite ni grande. Certains modèles économiques ne sont malheureusement plus valides, des expériences menées autrefois ne sont plus reconductibles. Aujourd’hui, des espaces plus restreints –  par exemple l’Odeur du Temps à Marseille – ou bien plus grands –  Goulard et Provence, sur le cours Mirabeau – sont beaucoup plus pertinents pour le commerce du livre. Autre handicap nullement corrigible : la localisation de la librairie dans le vieux quartier d’Aix-en-Provence fait d’elle un lieu difficilement accessible, la sociologie, l’histoire et la topographie de cette ville sont implacables. Parce que la vie quotidienne est souvent onéreuse, les grands lecteurs, les universitaires ont quitté Aix-en-Provence ; ils ont vieilli, ils vivent en périphérie et peuvent préférer aller du côté des Bleuets de Banon. Ce n’est pas seulement l’ouverture d’une Fnac dans Aix qui rétrécit les capacités d’une librairie comme Vents du Sud : depuis 2006, ce phénomène n’est pas réversible, le centre commercial d’Aix n’est plus en coeur de ville, il se situe parmi les Allées provençales.

On me permettra de finir par une note affective. J’habite Aix-en-Provence depuis juillet 1968, j’aime les librairies de ma ville, je les connais et les fréquente très régulièrement. La librairie que j’aurais le plus affectionnée, à l’intérieur de laquelle je me suis le plus souvent attardé, pratiquement au moins une fois par semaine, l’endroit où j’ai le plus souvent acheté des livres, c’est très clairement pour moi la librairie Vents du Sud : cet espace et ses responsables n’ont pas cessé d’aiguiser ma vie de lecteur, je leur suis profondément reconnaissant.

Alain Paire

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Pierrette Lazerges et Jean Simon, les libraires de Vents du Sud PDF Envoyer
Choses lues, choses vues
Mercredi, 14 Janvier 2015 20:30
jean_et_pierrette
Jean Simon en compagnie de Pierrette Lazerges à qui Bruno Etienne vient de remettre la croix de la Légion d’Honneur.

 

Une aventure qui commença en 1947 dans une librairie d’Alger vient de s’achever à Aix-en-Provence : Pierrette Lazerges est décédée le 31 juillet 2014, à l’âge de 84 ans. En décembre 1973, elle avait ouvert dans la proximité de la place Albertas, en haut de la rue Espariat, une première librairie pour laquelle elle avait trouvé un nom qui vaut programme, Vents du Sud. Elle transféra en  mai 1980 son lieu de travail dans le coeur de la ville, au 7 de la rue Maréchal Foch, près du petit marché et des terrasses de la Place Richelme. Cette histoire vient de rencontrer son terme : le 15 janvier 2014 fut la dernière journée d’activités deVents du Sud.

Pierrette Lazerges avait commencé de travailler en librairie à l’âge de dix-sept ans. Elle avait été engagée « à l’essai ». Très vite, elle avait décidé de ne pas terminer ses études de lycéenne. En 1947, Noël Schumann, le propriétaire de la librairie de L’Empire qui se situait à Alger rue Michelet, avait besoin de remplacer un employé qui lui faisait brusquement défaut. La mère de Pierrette – elle vivra jusqu’en 1993 – venait de Naples : elle était arrivée depuis cet autre côté de la Méditerranée avant la première guerre mondiale. Pour ses frères napolitains plus âgés qui partirent pour les Etats-Unis, Alger était une étape sur les chemins de l’émigration. La mère de Pierrette avait préféré ne pas s’en aller plus loin. Elle était restée à Alger. Elle épousa quelqu’un de très modeste, un plâtrier.

Depuis cette occasion soudainement saisie en 1947, et jusqu’au terme de sa vie, la librairie fut la joie et la préoccupation constante de Pierrette Lazerges. Elle aurait beaucoup aimé associer continûment les livres et la musique qui furent les grands pôles de sa vie. Il lui arriva de vendre des disques à Alger ainsi qu’à Aix ; elle était heureuse quand elle animait pendant les années 1990 une librairie provisoire qui complétait en juillet, dans l’Archevêché ou bien sur la rue Gaston de Saporta, les soirées du Festival d’Art lyrique d’Aix. Une exceptionnelle énergie, un sens aigu de la relation avec plusieurs décennies de lecteurs lui permirent de lier son existence aux destinées des métiers du livre. Des employés en librairie qui furent souvent de proches amis, ses deux enfants Jean-Claude et Martine, et puis Jean Simon qui fut son compagnon, à partir de 1963 et jusqu’aux ultimes heures de sa vie, l’aidèrent grandement.
J._pierrette

Pierrette Lazerges,  photographie de Jean Pecoul

 

Pierrette Lazerges aurait aimé ne jamais quitter Alger. Au lendemain de l’Indépendance, en 1962, Monsieur Lévy, le propriétaire de la librairie de l’Empire lui avait laissé la gestion de son fonds. Elle avait rebaptisé son commerce : elle lui donna le nom de Librairie des Beaux-Arts. Pierrette était parfois seule dans sa boutique de la rue Michelet. Jean-Claude Lacroix, son fils aîné qui naquit en 1954, s’en souvient : pendant les fêtes de Noêl, il lui arriva, très jeune, d’assurer en compagnie de sa mère, la caisse de la librairie et la confection des paquets-cadeaux. Pendant le deuxième trimestre de  1973, la quasi-impossibilité qu’elle rencontrait de faire venir jusqu’à Alger des livres édités en France, le départ des  coopérants français, et puis surtout la montée des périls avaient contraint Pierrette à partir s’établir en Provence. Elle avait une soeur et un beau-frère établis à la Roque d’Antheron, son fils entreprenait des études à Marseille.

La physionomie des librairies aixoises n’était pas celle d’aujourd’hui. A côté des grands établissements du cours Mirabeau qui continuent d’être les deux grandes librairies d’Aix – la librairie, autrefois maison de presse Goulard et la librairie de Provence – Pierrette Lazerges estimait que la niche d’une nouveau lieu pouvait permettre de tenter l’aventure. Pendant ce tournant des années soixante-dix, deux librairies de qualité achevaient leur parcours, la librairie Le Divan de Pierre Dedet ainsi que Le Furet de Pierre Brahic qui partait s’implanter à Marseille, au 54 de la rue Paradis, jusqu’en août 2008. D’autres librairies généralistes se situaient dans Aix : sur la Place des Prêcheurs,  il y avait Le Dragon. Place Verdun, sur l’angle de la rue Thiers, jusqu’au début des années 90, la librairie-papeterie Makaire jouxtait un commerce de livres de plus modeste dimension, son espace est aujourd’hui occupé par la librairie Harmonia Mundi.

Pierrette Lazerges avait négocié l’achat de son droit au bail auprès du responsable d’une librairie catholique qui n’avait plus d’avenir. Avant de prendre sa décision, elle avait méthodiquement observé le travail de ses confrères aixois : Pierrette avait le sentiment que plusieurs des livres dont ses futurs clients pouvaient avoir besoin ne figuraient pas dans la plupart des librairies d’Aix. Son intuition et son sens du dialogue la guidèrent souvent, sa voie se traça progressivement : à côté de ce qui fut l’essentiel de son fonds – la littérature, les sciences humaines et puis la musique – elle avait le souci d’ouvrir de nouveaux centres d’intérêt. Par exemple, dés ses premières années à Aix, parce qu’elle savait écouter et pressentir ce que pouvaient lui dire les clients de la librairie, elle développa des rayons du côté des livres pour enfants, vers la bande dessinée ainsi que dans le domaine de la science-fiction. Un registre et une corporation parfaitement identifiables lui permirent d’effectuer une première percée : « les seventies », c’était entre autres choses, l’époque pendant laquelle les ouvrages de Jacques Lacan et plus généralement la psychanalyse suscitaient de fortes demandes. Quand il pense à cette première époque qui fut joyeuse, difficile et prenante, son compagnon Jean Simon estime que « ce sont les psychanalystes qui sauvèrent Vents du Sud ».

 

jean_simon


Jean Simon avait exactement quarante ans lorsqu’il s’associa aux destinées de Vents du Sud : pendant les premières années de la librairie, il accepta de ne pas être salarié ou bien d’être payé à mi-temps. Ce personnage mince et longiligne dont on affectionne la souriante discrétion, la compétence et la gentillesse, dételait rarement. Juste en face de la vitrine de la librairie, sa chambre du 24 de la rue Espariat servait souvent de dépôt pour les livres : dans son domicile, des surcroîts de cartons déboulaient depuis Vents du Sud dont la superficie était seulement de 49 mètres carrés. Avant qu’il ne participe à la librairie des Beaux-Arts d’Alger, cet autodidacte par ailleurs passionné de voile et de navigation était passé par d’autres métiers, notamment dans une filiale de Berliet spécialisée dans le shipping.
Ses rares moments vécus hors librairie, Jean Simon les aura passés dans un autre registre de travail, en Bretagne, en tant qu’encadrant pour l’école des Glénans.

 

Le lieu qui avait pendant sa jeunesse achevé de forger son inguérissable passion pour les livres, c’était une autre librairie d’Alger qu’il avait assidûment fréquentée, la librairie Rivages qui fut magnifiquement dirigée par un proche ami d’Albert Camus et de Jean Grenier, l’éditeur Edmond Charlot. Charlot lui permettait de découvrir sur place tous les livres qu’il avait envie de lire : Jean Simon qui avait parallèlement la joie de suivre dans son lycée les cours et les ateliers de théâtre de Georges Sallet alias Gilles Sandier (1924-1982), passa de longues après-midis, assis lisant dans un coin de la librairie Rivages.

J._Beaux_art

Alger, rue Michelet, la librairie des Beaux-Arts.


Pierrette Lazerges et Jean Simon ne sont jamais revenus à Alger. Pour ce couple, le grand départ fut un déchirement sans cesse revécu : c’était là-bas, et non pas dans Aix-en-Provence qui n’est pas exempte de défauts, ce fut dans les rues, les maisons et les plages d’Alger, avec toutes sortes d’amis, qu’ils se sentirent tous deux, profondément heureux. Tout récemment, je regardais dans le petit appartement d’Aix où vit Jean Simon, une affiche qui reproduit la très émouvante phrase d’un poète kurde : sur le vieux crépi d’un mur, quelqu’un a griffonné que « le pays où tu es né n’existe plus sur les cartes ». La destinée de la librairie des Beaux-Arts qui vaille que vaille, est toujours ouverte à Alger, a constamment habité l’esprit de ces aixois d’adoption. L’un des piliers de la rue Michelet qui fut un intense foyer d’échanges et de rencontres s’appelait Joachim Grau : Joachim était d’origine espagnole, les algérois avaient l’habitude de l’appeler Vincent. A plusieurs reprises, Vincent était venu revoir à Aix ses amis Pierrette et Jean qui souhaitaient vivement qu’il puisse devenir un permanent de Vents du Sud. En dépit de cette offre maintes fois réitérée, Vincent avait préféré repartir pour Alger. Les livres qu’il décidait de mettre en valeur sur la vitrine de sa librairie des Beaux-Arts étaient trop audacieusement libres : Joachim Grau fut assassiné le 21 février 1994.

Avec ses arrivages incessants de livres et de disques, l’espace de la rue Espariat était beaucoup trop exigu pour que Vents du Sud puisse se développer. Par ailleurs, l’installation pendant quelques années, entre passage Agard et rue Fabrot, de la librairie du Passage des Carmes - aujourd’hui, c’est le siège d’une vaste parfumerie – avait modifié la donne aixoise, les cartes du commerce du livre se redistribuaient. Quand survint le tournant des années 80, une décision s’imposa à Pierrette dont l’énergie et la volonté de développement ne furent jamais pris en défaut : il lui fallait trouver un local beaucoup plus vaste et susciter l’apport des capitaux de nouveaux actionnaires pour sa SARL. La conjoncture était favorable, Jérôme Lindon et les éditions de Minuit qui militaient vaillamment pour que la loi sur le Prix unique du livre soit intelligemment votée, avaient de l’estime et de la sympathie pour Vents du Sud : grâce aux fonds que Samuel Beckett avait mis à la disposition de Lindon, grâce aux droits d’auteur d’un Prix Nobel rigoureusement inclassable, plusieurs librairies de l’hexagone et notamment la librairie de Pierrette et Jean furent généreusement aidées. Des dames d’Aix furent associées de 1980 à 1986 au travail dans la librairie : elles contribuèrent au capital de cette entreprise qui ne fut pas bien comprise par sa Banque puisqu’elle manqua souvent, et assez cruellement, de fonds propres. Avant d’abriter une librairie, le 7 de la rue Maréchal Foch était un commerce de meubles et de chaises en rotin qui s’appelait « Le mouton doré ». A côté de la librairie et du Bar des PTT, là où se tient une alimentation, il y avait une petite boucherie. De l’autre côté, en montant vers l’Hôtel de Ville, on aperçoit deux cariatides. Il arrive qu’on puisse franchir le portail en bois : on contemple la vaste cage d’escalier de l’Hôtel d’Arbaud.

J_1990_

 

Entre 1980 et 1996 – date du départ à la retraite de Jean Simon – se situent les grandes années, l’irrésistible croissance de Vents du Sud qui parvint à se hisser durablement dans le classement des 90 ou 100 meilleurs chiffres d’affaires des librairies de l’hexagone. Tout l’espace de la librairie qui vient de fermer ses portes n’était pas occupé de la même manière, plusieurs extensions furent programmées à deux reprises. Au départ, la librairie avait seulement 90 mètres de carrés de surface de vente. Ses sous-sols servaient de réserve, un petit amphithéâtre avait été aménagé tout au fond afin d’ouvrir « l’Espace libre » de Vents du Sud, on pouvait y accéder le soir depuis la rue des Cordeliers, sans devoir entrer par la librairie. Gendre de Pierrette Lazerges, Bernard Boulogne qui avait épousé Martine Lacroix, fut pendant plusieurs années, avec l’aide de la Drac et du ministère de la Culture, l’animateur d’une association qui conviait régulièrement des écrivains pour des lectures et des débats et organisait des interventions en milieu scolaire.

Cette séquence de l’Espace libre servit fortement le développement de l’image de la librairie. Chez Vents du Sud, un gros travail de fond s’effectuait quotidiennement en interne, remarquablement servi par la belle complémentarité de Pierrette Lazerges et de Jean Simon : selon les affinités, les lecteurs et les clients qui demandaient des renseignements, se tournaient vers l’un ou vers l’autre. A quoi s’ajoutait  la volonté d’accroître la visibilité de ce travail et d’oeuvrer aussi souvent que possible hors des murs de la librairie et de la ville. Grâce à l’impulsion donnée par l’association de l’Espace libre / Vents du Sud, l’habitude fut prise de partir vendre des livres loin de la place Richelme. Jusqu’à une date récente – sur ce point, Vents du Sud fut pionnière – il y eut deux, trois ou quatre fois par mois, des sorties et des ventes hors librairie, à l’occasion des Fêtes du livre, des colloques, séminaires, rencontres et débats de bon aloi qui pouvaient se mener dans  le pays d’Aix ainsi qu’à Marseille : aucune possibilité de mobilité ne fut négligée.

J’ai le souvenir d’avoir invité et accueilli – les universitaires et les auditeurs en étaient profondément heureux – Pierrette et Jean lors de colloques que j’organisais au milieu des années 1980 dans le Var, au Collège d’Echanges Contemporains de Saint-Maximin. Plus tard et assez souvent, je retrouvais, nous retrouvions dans des lieux multiples et pas conventionnels, les tables de livres commandés par Vents du Sud :  à la MMSH, à la Cité du Livre de la Méjanes, au centre culturel jésuite de La Baume ou bien  au centre aixois des archives départementales. Chaque fois, c’était un vif plaisir, un apport de qualité : Vents du Sud prenait le risque de faire venir des livres « pointus » ou bien difficilement trouvables. Ce surcroît de travail impliquait évidemment des heures supplémentaires qui n’étaient pas forcément bien payées pour les employés de la librairie qui se dévouaient. Cependant, cette stratégie de communication et ces coups de poker, ces moments de sociabilité pouvaient être d’un bon rapport : il arrivait que la recette effectuée hors les murs soit supérieure au chiffre quotidiennement obtenu rue Foch.

Pendant les vingt dernières années du vingtième siècle, il y eut chez Vents du Sudtoutes sortes d’adaptations et de péripéties, des tensions et des contradictions. Il y avait quelque chose d’à la fois rieur et d’inflexible dans ce parcours de vie, certaines fois semé d’embûches. L’humour, les fous rires, la courtoisie et la fantaisie avaient leur part ; il est pourtant arrivé qu’on dise à propos des convictions de Pierrette Lazerges qu’avec elle, si l’on ne donne pas tout, eh bien, on ne donne rien ! Le personnel changeait souvent, des visages et des silhouettes d’employés ou bien des stagiaires s’éloignèrent, des moments de crise et des remplacements survinrent : quelques saisons après la fermeture du petit amphithéâtre de l‘Espace Libre, Bernard Boulogne et son épouse Martine Lacroix quittèrent la librairie.

 

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Emmanuelle Cescosse, photographie d’Anna Ostrowska.

 

En 1989, l’une des personnes qui fut essentielle pour le développement de la librairie, Emmanuelle Cescosse était recrutée ; « Manu » venait d’une Fnac de Bordeaux, elle connaissait bien Aix où elle avait vécu son enfance et sa jeunesse. Aux côtés de Pierrette et de Jean, jusqu’en 2011, pendant 23 ans, Emmanuelle Cescosse fut l’une des grandes ressources de Vents du Sud. C’était une personne de confiance, appréciée et consultée : elle aime dire aujourd’hui que ses dix premières années dans la librairie d’Aix furent des années de vrai bonheur. Auparavant, Henri Causse, le directeur commercial des éditions de Minuit principal actionnaire de la librairie, avait proposé que Jean-Claude Lacroix devienne le responsable de la gestion de la librairie. Jean-Claude reprenait le travail aux côtés de sa mère. Au départ, il  croyait sincèrement être embauché pour rendre service pendant seulement trois ans : au total, il sera resté pendant trente-trois ans dans la librairie dont il prit la direction, après le départ en retraite de Pierrette. Ses études antérieures, ses compétences en informatique, notamment pour l’utilisation du logiciel Tite-Live firent de lui un rouage essentiel à l’intérieur de l’association L’Oeil de la Lettrequi regroupait le réseau de librairies indépendantes qui sut lutter contre l’éventuelle emprise de la Fnac et de Virgin.


Un nouveau tournant survint en juillet 1990. Il fallait accroître la capacité de la librairie, créer de nouveaux espaces. On se souvient qu’en 1980, la librairie occupait 90 mètres carrés. On avait ouvert une verrière et un jardin dans la proximité du rayon des livres pour enfants et adolescents. On avait installé dans cet espace un merveilleux assemblage du sculpteur Jean Amado (1922-1995), une petite fontaine dont la forme globale, proche d’une embarcation, métaphorise magnifiquement le périple de nos amis libraires, entre Alger et la Provence : l’image de cette fontaine figura sur la plupart des sacs en plastique dans lesquels s’enveloppaient les achats de livres. Un premier chantier s’ouvrit pour atteindre une surface de 160 mètres carrés. En juillet 1990, une nouvelle séquence procura 260 mètres de surface de vente : avec les réserves, la comptabilité, les lieux de stockage et de déballage, un total de 360 mètres carrés fut atteint. Pour financer ce chantier, le montage financier fut complexe. Le Crédit Lyonnais prêta de l’argent à Pierrette et Jean. Le reste du financement fut couvert  par plusieurs apports émanant de l’ADELC, des éditions de Minuit, du Seuil et d’Odile Jacob. Il fallut rembourser tous ces prêts. Le bonheur voulut que la librairie avait au départ l’obligation de verser un loyer dont le montant était raisonnable. Les bonnes relations que Pierrette Lazerges entretenait avec sa propriétaire permirent l’installation d’une règle de fonctionnement assez vertueuse : si Pierrette s’en est allée en tant que propriétaire de sa librairie, c’est parce que Vents du Sud avait versé une rente viagère, entre 1988 et 2008.

J__1990

Il est difficile de retracer toutes les étapes du développement de cette librairie. Je crois qu’elle sut tirer parti du potentiel d’Aix-en-Provence et qu’elle fut principalement le résultat du travail au fil des ans d’un quatuor tout à fait remarquable : sans vouloir établir une hiérarchie trop précise, rétrospectivement, on peut estimer qu’à côté de Pierrette et de Jean, les apports de Jean-Claude Lacroix et d’Emmanuelle Cescosse furent considérables. J’ai écrit plus haut que les contrats engagés par la librairie n’avaient pas toujours une durée indéterminée. Je veux citer, on voudra bien m’excuser si j’en oublie, des noms d’employés dont le passage chez Vents du Sud est à mes yeux particulièrement mémorable : par exemple Roland Alberto, Michel Bentz, Jean-Marc Janssaud, Sarah Lépine, Stéphanie Ledu, Guy Manjou, Denis Pazière, Laure de Sabran, Aude Thiebaut et Marie-Eve Venturino. Je me souviens aussi que pendant deux années, Paul Pouderoux avait à l’instigation d’Henri Causse quitté la librairie L’Odeur du temps pour une expérience à l’intérieur de Vents du Sud. Il faut avoir en mémoire Renée Saura qui vit aujourd’hui en Catalogne : pendant quatre années, au milieu des années 1990, elle fut responsable d’une annexe de la librairie implantée au coeur de la Faculté des Lettres. Après quoi, Renée s’occupa du rayon musique, un moment implanté dans une autre annexe située dans un petit espace de la rue Gaston de Saporta. Jusqu’à une date récente, Renée fut « la caissière » de la librairie.

Pour évoquer les noms de quelques-uns des écrivains qu’on rencontra à Vents du Sud, je mentionnerai parmi des centaines d’auteurs, ceux de Pierre Bourdieu, Georges Duby, Elie Wiesel et Gao Xing Jian ; parmi ceux qui sont moins connus et que l’on pouvait croiser, je pense à un personnage infiniment attachant, le poète et peintre touareg Hawad. J’indiquerai aussi que Pierrette Lazerges fut nommée chevalier des Arts et des Lettres. Après quoi, Bruno Etienne lui remit la Légion d’Honneur ; Jean Simon a conservé le texte du beau discours prononçé en cette occasion.

Reste à écrire ce qui sera source de profonde mélancolie ou bien de simple réalisme, selon les tempéraments de chacun. Au fil des ans, la santé de Pierrrette se dégrada, elle souffrait de son asthme depuis de longues années : pendant les dernières saisons de sa vie, elle exigeait de pouvoir revenir chez Vents du Sud de façon quotidienne. Son espace vient d’être vendu, au terme de longues et délicates négociations. Le 7 de la rue Foch, pour toutes sortes de raisons, en vertu des normes aujourd’hui en vigueur, n’abritera pas de librairie : il y aura un magasin en premier plan, l’essentiel de la surface restante deviendra un appartement privé. L’aventure de Vents du Sud ne pouvait pas se poursuivre plus longtemps, il faut tenter de comprendre pourquoi cette traversée d’une époque ne dépendait pas uniquement du charisme, de l’énergie et de la puissance de travail de ses responsables.

 

J_cordeliers_-

 

Jean-Claude Lacroix qui est depuis douze ans, formateur à l’IUT des Métiers du Livre d’Aix-en-Provence a bien évidemment beaucoup réfléchi sur ce cas d’école, on peut être d’accord sur l’essentiel de ses conclusions. Vents du Sud a tout d’abord un problème de taille : avec ses extensions successives, la superficie dont dispose la librairie entraîne qu’elle n’est ni petite ni grande. Certains modèles économiques ne sont malheureusement plus valides, des expériences menées autrefois ne sont plus reconductibles. Aujourd’hui, des espaces plus restreints –  par exemple l’Odeur du Temps à Marseille – ou bien plus grands –  Goulard et Provence, sur le cours Mirabeau – sont beaucoup plus pertinents pour le commerce du livre. Autre handicap nullement corrigible : la localisation de la librairie dans le vieux quartier d’Aix-en-Provence fait d’elle un lieu difficilement accessible, la sociologie, l’histoire et la topographie de cette ville sont implacables. Parce que la vie quotidienne est souvent onéreuse, les grands lecteurs, les universitaires ont quitté Aix-en-Provence ; ils ont vieilli, ils vivent en périphérie et peuvent préférer aller du côté des Bleuets de Banon. Ce n’est pas seulement l’ouverture d’une Fnac dans Aix qui rétrécit les capacités d’une librairie comme Vents du Sud : depuis 2006, ce phénomène n’est pas réversible, le centre commercial d’Aix n’est plus en coeur de ville, il se situe parmi les Allées provençales.

On me permettra de finir par une note affective. J’habite Aix-en-Provence depuis juillet 1968, j’aime les librairies de ma ville, je les connais et les fréquente très régulièrement. La librairie que j’aurais le plus affectionnée, à l’intérieur de laquelle je me suis le plus souvent attardé, pratiquement au moins une fois par semaine, l’endroit où j’ai le plus souvent acheté des livres, c’est très clairement pour moi la librairie Vents du Sud : cet espace et ses responsables n’ont pas cessé d’aiguiser ma vie de lecteur, je leur suis profondément reconnaissant.

Alain Paire

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